Dimanche 17 octobre 2004 - Fête paroissiale, anniversaire de la dédicace

Croyez-vous que cela valait la peine ?

Ézéchiel 47,1-2.8-9.12 - 1 Corinthiens 3,9-11.16-17 - Jean 2,13-22
dimanche 17 octobre 2004.
 

Croyez-vous que cela valait la peine ?

Parfois la question se pose quand on voit les dépenses et les dégâts, et qu’on les compare au résultat ; le résultat constaté et celui qu’on peut espérer.

Croyez-vous que cela valait la peine de faire tout ce scandale, de fouetter bêtes et gens, de renverser les tables et de jeter l’argent ? Quel effet déplorable en termes d’image pour quelqu’un qui passait plutôt pour un maître de paix, de douceur et de bonté !

Et tout cela pour quoi ? Pour purifier le Temple ? En fait, le temple de Salomon à Jérusalem ne s’était jamais vraiment relevé depuis sa destruction par Nabuchodonosor en 587 avant Jésus Christ : le retour d’exil n’avait pas abouti à la restauration espérée, et le splendide édifice tout neuf que connut le Seigneur portait surtout la triste marque de l’orgueil d’Hérode. C’est pourquoi les juifs les plus pieux et les plus instruits le tenaient pour rien.

Pourtant, Jésus le fréquentait, car il restait un rendez-vous très populaire de pèlerinage et de prière pour les gens ordinaires de Judée et d’ailleurs. Et, justement, les marchands et les changeurs étaient nécessaires au fonctionnement de ce bon rendez-vous : sans bêtes à acheter, plus d’offrandes pour les sacrifices, et sans monnaie du Temple, plus de "Denier du culte".

Le résultat de ce coup d’éclat du Seigneur semble donc ne pas devoir être très intéressant : au mieux, il sera pris par les gens pour une exhortation un peu excessive à ne pas perdre de vue l’essentiel dans les pratiques religieuses habituelles.

En revanche, les dégâts vont aller jusqu’à la passion et la mort du Seigneur. Rappelez-vous que le seul chef d’accusation retenu contre lui sera précisément d’avoir parlé contre le Temple.

Mais, au fait, avons-nous bien compris ce que visait Jésus ? Le contexte de l’évangile le montre, les véritables trafiquants que dénonce son geste, par-delà les petits marchands du Temple, ce sont les prêtres et les docteurs, les scribes et les pharisiens, tous ces chefs et responsables du peuple qui avaient pour mission de l’instruire et de le guider. Et voilà qu’ils trafiquaient ces biens très précieux au lieu de les servir, qu’ils les confisquaient au lieu de les offrir, et qu’ils annulaient la parole de Dieu avec leurs traditions humaines.

Le Temple qui fait le tourment de Jésus, par-delà l’édifice fait de pierres qui servait de lieu de rassemblement au peuple, c’était le peuple lui-même, Israël dont il est écrit que Dieu habite les hymnes. Oui, le Seigneur fait sa demeure dans la prière de ses fidèles, s’ils ne sont pas égarés par leurs mauvais bergers et perdus pour la véritable adoration.

Ce que vise Jésus aujourd’hui, en ce jour de la fête de la Dédicace, c’est votre cœur ! Il veut en faire son temple. Car il est lui-même le véritable second Temple, abandonné par Dieu aux mains des païens à cause de l’infidélité d’Israël, mais relevé par lui au jour de la résurrection, pour le pardon des coupables.

Et le prix de ce pardon et de notre relèvement, c’est la passion du Juste, la mort cruelle de l’Agneau de Dieu. Voyez la merveille : Dieu a estimé que cela valait la peine de donner son Fils pour nous lorsque nous étions ses ennemis, avilis et défigurés par le péché ! Qui de nous pourrait inventer une pareille Bonne Nouvelle ? Il faut vraiment que Dieu lui-même l’affirme à notre esprit. Mais le croyons-nous ?

Le vrai nouveau Temple est le corps du Seigneur. Et ce corps, c’est le peuple à nouveau créé dans la foi, l’Église. Notre rassemblement est fort réjouissant : cette église en fête, superbe de fleurs, de lumière, de musique et d’ornements, brille et résonne de tous ceux qui la remplissent, enfants vifs et fervents, jeannettes et guides, chorale portugaise et chorale des adolescents, clergé paré de ses plus beaux vêtements, petits et grands, jeunes et vieux unis dans la même prière. Mais, attention : si nous ne laissons pas le Seigneur lui-même purifier notre cœur et le sanctifier dans la foi, tout cela ne vaut pas la peine !

Mais, grâce à Dieu, voilà le résultat de l’œuvre du Christ : nous sommes rassemblés dans la foi, nous croyons sur sa parole que Dieu a estimé que cela valait la peine de donner son Fils pour nous ! Cette foi sauve, elle est foi en l’Évangile. Et sa propagation dépend toujours d’abord de son ardeur en nos cœurs. C’est pourquoi ici est la source à laquelle nous devons toujours revenir pour en repartir. Cette église vaut la peine de continuer à exister de plus belle si elle demeure le lieu de l’Eucharistie où nous sommes établis dans l’amour de Dieu que notre rassemblement rend visible.

L’amour du Christ Jésus, voilà ce qui vaut la peine de toute l’Église jusqu’au jour de sa venue dans la gloire.