Lundi 1er novembre 2004 - La Toussaint

C’est tout de suite ou jamais.

Apocalypse 7,2-4.9-14 - 1 Jean 3,1-3 - Matthieu 5,1-12
lundi 1er novembre 2004.
 

C’est tout de suite ou jamais.

Ces personnes en deuil me font face, l’air sombre et fermé. Déjà âgées, esseulées dans leur génération, déracinées de leur terroir, écartées depuis l’enfance de l’église qu’elles ne visitent plus qu’une ou deux fois par an, elles viennent de perdre, cette année, trois très proches successivement. Le frère du défunt qui nous rassemble répète : « Il ne m’a pas fait de cadeau. » Et sa belle-sœur reprend : « Il ne t’a pas fait de cadeau. » Je n’ai aucun doute sur l’identité de ce "Il" à qui ils attribuent leurs malheurs. Et je me tais, ne sachant que leur dire. Alors, au bout d’un moment l’homme endeuillé prend l’initiative : « Vous savez, c’est dur de croire, quelquefois. »

Il me revient d’avoir entendu dire : quand les gens sont sous le coup de la douleur, ils ne sont pas prêts à écouter l’appel à la foi. Mais on prétend aussi que ceux qui ne souffrent pas sont sourds à l’annonce des biens spirituels. Et encore que ceux qui manquent de tout n’ont pas d’oreilles pour la parole de Dieu. Et que les riches sont incapables d’accueillir la bonne nouvelle. Alors, ce n’est jamais le moment ? En effet, en tout temps il est dur de croire. Ou plutôt, c’est toujours impossible à l’homme.

Et pourtant résonne encore à nos oreilles l’évangile d’hier : le riche pécheur Zachée a vu Jésus et le salut est entré dans sa maison ! L’espérance de voir celui qui viendra dans la gloire l’a rendu pur, lui dont le nom a précisément ce sens, comme est pur le Fils de Dieu. Et voilà qu’aussitôt il a manifesté miséricorde et soif de justice : le Seigneur l’a appelé d’en bas, il est descendu, et tout de suite il est entré au nombre de ceux qui sont dits aujourd’hui bienheureux. Car rien n’est impossible à Dieu.

Si les riches peuvent entendre l’Évangile, combien plus les pauvres et ceux qui pleurent ! « Qui donc est pour moi dans le ciel si je n’ai, même avec toi, aucune joie sur la terre », pleure le psalmiste. Mais il se reprend bientôt : « Pour moi il est bon d’être proche de Dieu. »

Ce n’est jamais le moment d’accueillir la parole de Dieu pour l’homme égaré dans la révolte contre Dieu à cause de l’ennemi qui est l’auteur du péché. Mais c’est tout de suite que le Fils de Dieu peut appeler cet homme, depuis le fond de sa descente en nos enfers, et le sauver. Que personne ne dise qu’il attendra le bon moment pour y penser, car ce moment ne viendra jamais. C’est pourquoi nous devons annoncer l’Évangile à temps et à contretemps.

Le mot grec "agnos" utilisé dans le passage de la première lettre de saint Jean que nous avons entendu en deuxième lecture, signifie aussi bien "saint" que "pur". Ainsi l’on peut traduire : « Tout homme qui fonde sur lui une telle espérance se rend saint comme lui-même est saint. »

Frères nous fêtons aujourd’hui tous les saints : tous ceux qui ont fondé sur Jésus l’espérance de le voir au dernier Jour, quand il viendra dans la gloire. Et cette espérance de la Jérusalem céleste est bienheureuse tout de suite, même si le bonheur promis ne sera accompli qu’en ce jour dont nous appelons la venue de tout notre cœur, avec tous les saints.

Le Seigneur, le Saint de Dieu, nous annonce le bonheur, oui, tout de suite et à jamais.