Mardi 2 novembre 2004 - Prière pour les défunts

Avez-vous déjà fait du pain ?

Job 19,1.23-27 - 1 Jean 3,1-3 - Luc 7,11-17
mardi 2 novembre 2004.
 

Avez-vous déjà fait du pain ?

Je ne parle pas seulement de mettre au four un pâton surgelé prêt à cuire, non, mais de parcourir tout le chemin qui, du blé, conduit à cet aliment par excellence. Cela, peu d’entre nous l’ont accompli dans leur vie, je pense, tandis que c’était une pratique courante dans les sociétés rurales traditionnelles, comme celle où a vécu le Seigneur.

Il faut d’abord séparer le grain de la paille et de la balle, et ensuite faire de la farine avec le grain. Il est clair que tout ce qui ne peut être moulu ne peut entrer dans la préparation. C’est pourquoi la farine est tamisée, de manière que la plus petite pierre soit retenue et rejetée.

Pour faire le pain que nous allons partager à cet autel, n’a-t-il pas fallu que le Christ soit tout entier moulu par les souffrances de sa passion ? Lui, le grain de blé tombé en terre qui est mort et porte beaucoup de fruit, fait de nous ses disciples, appelés à marcher à sa suite jusqu’à la croix.

Nous fêtons ces jours-ci, entre autres événements, le centenaire de Madeleine Delbrêl. Parmi ses nombreuses paroles fortes, l’une me revient à l’esprit aujourd’hui : « On ne demande pas au grain sous la meule d’être fort, mais d’être moulu. » Notre problème est souvent, je crois, de vouloir être fort, de vouloir faire bonne figure dans l’épreuve, au lieu de pleurer tout simplement. Et cela aussi nous pousse à la révolte.

Allons-nous refuser de participer à la passion du Seigneur ? Mais alors comment aurions-nous part à sa résurrection ? Il est le prophète, et plus qu’un prophète, qui visite le peuple de Dieu pour annoncer son pouvoir de relever les morts. Si nous croyons à ce pouvoir, ne refusons pas de passer par la mort pour entrer dans la Vie. Ne le refusons pas pour nous-mêmes, ni pour les autres que nous aimons parfois plus que nous-mêmes. Ne refusons pas d’être moulus tout entiers : ce qui ne sera pas moulu ne pourra pas devenir pain.

Le pain que nous allons recevoir à cet autel, c’est le Fils de Dieu fait chair, mort et ressuscité d’entre les morts. En communiant, nous mettons en lui notre espérance de le voir venir dans la gloire au dernier jour. Et cette espérance bienheureuse nous sanctifie et nous purifie : elle « nous rend purs comme lui-même est pur. » Alors ce pain est notre mystère, le mystère de notre communion des saints, déjà dans cette chair encore en souffrance et en attente de délivrance, bientôt dans sa condition transformée et glorifiée à l’image du ressuscité.

En souffrant patiemment avec le Christ, nous faisons avec lui le pain de la vie du monde, nous réalisons en lui l’espérance de tous les vivants qui ont souffert ou qui souffriront la mort.