Dimanche 7 novembre 2004 - Trente-deuxième Dimanche

Ce sera trop bien.

2 Martyrs d’Israël 7,1-2.9-14 - 2 Thessaloniciens 2,16-3,5 - Luc 20,27-38
dimanche 7 novembre 2004.
 

Ce sera trop bien.

C’est un "djeunisme", évidemment, pour "ce sera divinement bien". Mais, quelquefois, les choses peuvent être littéralement trop bien : trop pour qu’on les accepte, qu’on les comprenne ou qu’on les assume. Par exemple : le mariage. Tous les adolescents en rêvent sous la forme d’un embrassement sans fin de pleine et sublime satisfaction mutuelle. Trop bien ! Ils n’ont pas tort de rêver, mais, en fait, c’est mieux que cela.

La grandeur du mariage est en particulier le don de la vie : ceux qui deviennent parents acceptent de prendre ensemble en responsabilité de nouvelles vies en lesquelles la leur passe et se transmet. Cette attitude les élève en quelque sorte au-dessus de leur condition mortelle. Mais elle suppose l’acceptation de cette condition, c’est-à-dire une maturité certaine en deçà de laquelle les jeunes sont tout simplement incapables de se marier : c’est trop pour eux.

La loi à laquelle les sadducéens de l’évangile font allusion, la loi "du lévirat" (c’est-à-dire "du beau-frère"), se trouve énoncée au livre du Deutéronome, chapitre 25, versets 5 à 10. Elle est empreinte d’un sens profond de la grandeur du mariage. Il s’agit d’une situation de clan où des frères adultes vivent encore ensemble dans le domaine de leur père. L’un d’eux s’est marié, mais il est mort avant d’avoir engendré une progéniture. Cela arrivait hélas fréquemment, à cause de la guerre, d’un accident ou bien d’une maladie. Cet homme allait-il rester sans descendance ? Quel échec de son mariage ! La loi biblique lui offrait une deuxième chance : qu’un de ses frères donne un fils à sa femme restée veuve, et cet enfant serait considéré comme le sien propre, de sorte que sa "maison" s’en trouverait "relevée".

Mais les sadducéens, avec leur question piège, tournent cette loi en dérision. Ils imaginent l’échec de l’engendrement répété sept fois : que signifierait cette persistance dans la stérilité, sinon celle de Dieu à refuser une descendance à cet homme et à sa femme ? Dans ces conditions, imaginer une résurrection pour ces maudits devient dérisoire, selon eux.

Mais ils méconnaissent Dieu ! Est-ce que le Seigneur refuse de donner la vie ? Il est le Vivant qui aime toutes ses créatures, il n’a pas fait la mort et il ne cesse de relever les hommes qui se sont voués au néant à cause du péché. Tel est son dessein pour nous depuis toujours. La loi du lévirat en est un indice bien avant l’espérance de la résurrection exprimée dans le livre des Martyrs d’Israël, et Jésus Christ en est l’accomplissement.

Sans doute pouvons-nous nous poser bien des questions à ce sujet : sous quelle forme serons-nous ressuscités, y aura-t-il de la place pour tout le monde, les époux qui auront été unis fidèlement tout au long de leur vie sur la terre continueront-ils à être mariés au ciel ?

Allons droit au but, frères, avec la dernière parole de Jésus dans l’évangile que nous avons entendu : « Tous vivent, en effet, pour Dieu. » Ce qui est traduit par "pour Dieu" est en grec un simple datif sans préposition dans lequel on peut voir un locatif : tous vivent, ou vivront, en Dieu. Qu’est-ce que cela signifie ?

Eh bien, mes amis, c’est qu’il y aura un seul corps ressuscité. Et il ne s’agit pas de savoir si ce sera vous ou moi, celui-ci ou celui-là : ce sera le corps de Jésus Christ, le Fils de Dieu. Tous nous ne ferons qu’un en lui qui est monté aux cieux et qui est assis à la droite de Dieu.

De même que Dieu qui est Père, Fils et Saint-Esprit de toute éternité est Un en sa nature spirituelle dans la distinction des personnes, de même tous les ressuscités pour la vie éternelle le seront en un seul corps sans que la distinction de leurs personnes aimées et choisies par Dieu s’y perde. Et notre pauvre chair souffrante sera accueillie et assumée dans l’unité glorieuse même de Dieu, moyennant sa transformation merveilleuse par la puissance de l’Esprit Saint, comme elle l’est déjà en la personne de Jésus Christ, le premier né d’entre les morts.

Tout cela est difficile à imaginer, n’est-ce pas ? Sans doute ! Mais tous ceux qui vivent un mariage heureux et une vraie vie de famille, tant bien que mal, ont une idée de ce que peut être une telle unité bienheureuse. Bien plus, tous les fidèles qui vivent vraiment la fraternité chrétienne dans la famille de Dieu qui est l’Église goûtent d’avance le bonheur promis. Seulement, nos péchés nous empêchent de le goûter mieux et plus fort. Et notre immaturité chrétienne nous fait trouver cette perspective trop belle, trop pour être acceptée, comprise ou assumée. Mais, Dieu merci, le Christ est mort pour nous sauver !

Alors, croyons-le avec humilité : ce sera trop bien !