Dimanche 21 novembre 2004 - Le Christ roi de l’univers

Que fait le gouvernement ?

2 Samuel 5,1-3 - Colossiens 1,12-20 - Luc 23,35-43
dimanche 21 novembre 2004.
 

Que fait le gouvernement ?

On va dans le mur.

Et encore, heureusement qu’il y a un mur.

En temps de crise, les pouvoirs publics sont mis sur la sellette, non sans paradoxes. On fustige leur impuissance à peser sur le cours des événements et on les accuse de faire arriver le pire. On prédit leur échec et on le souhaite, alors même qu’il signifierait la catastrophe pour tout le monde.

Jadis, quand ils n’y pouvaient mais, le peuple croyait volontiers les rois capables de faire pleuvoir ou venter selon leur bon plaisir. Aujourd’hui, on demande compte aux dirigeants de toutes les mesures qui n’ont pas été prises par leurs prédécesseurs pour éviter le réchauffement du climat que nous commençons à éprouver. Et, là, il n’y a pas de mur pour nous arrêter, mais seulement la perspective d’une épouvantable et indéfinie débâcle.

Il y a quelques années, les beaux esprits déclaraient volontiers que le président d’un certain pays très puissant n’était qu’un paravent des véritables décideurs, et qu’il importait peu que ce fût lui ou un autre à ce poste. Mais les mêmes ont consacré cet automne leurs influentes analyses à soupeser les conséquences dramatiques et diverses pour les peuples qui ne manqueraient pas de suivre l’élection de l’un ou de l’autre des candidats.

Qui donc gouverne le monde ?

À cette question, les Romains antiques, des païens de bonne culture, donnèrent une pieuse réponse qui fit école. Ils ont inventé le mot et le concept de "Providence", en latin "Providentia", qui désigne Dieu en tant qu’il "prévoit" et qu’il "pourvoit" pour le monde. Et nous savons bien que, gouverner, c’est prévoir et pourvoir.

Le mot et l’idée sont passés dans le vocabulaire et dans la théologie de l’Église, non sans entraîner avec eux certaines ambiguïtés. En particulier, en contexte de monarchie absolue, les façons des princes de ce monde ont pu déteindre sur l’image que l’on donnait de Dieu sous cette appellation.

Or, nous savons comment les puissants invoquent la raison d’État et les intérêts supérieurs de la nation pour justifier leurs agissements parfois injustifiables. Il y a peu, à l’occasion des commémorations du 11 novembre, certains se sont rappelé la "force noire" dont le commandant en chef de ce temps disait qu’elle était à consommer avant l’hiver : il s’agissait des soldats africains de l’empire dont on craignait qu’ils ne supportent pas le froid, et qu’il fallait donc envoyer rapidement à la boucherie pendant qu’ils étaient encore vaillants. Et ce n’était qu’un début.

Devant cette horreur et tant d’autres, devant les générations sacrifiées et les génocides répétés, on peut vraiment se demander qui est ce Dieu censé gouverner le monde. Pour les païens, cette question reste impénétrable, comme sont impénétrables les voies de la Providence. Mais qu’en disent les chrétiens ?

Ils disent : « Regardez ! Le voilà révélé. »

Et c’est Jésus sur sa croix qu’ils montrent. Tel est en effet le sens de la solennité du Christ Roi de l’univers que nous célébrons aujourd’hui selon l’évangile que nous venons d’entendre. Regardez celui qui a reçu de son Père tout pouvoir au ciel et sur la terre parce qu’il s’est montré obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur une croix.

En fait de paradoxes, ce roi n’est pas en reste. Obscur habitant d’un petit pays qui fut presque toujours dominé par ses voisins, il a subi le pire châtiment sans avoir combattu un seul jour ni reçu la moindre couronne. L’occupant romain, maître du monde, aurait même dédaigné de le châtier sans l’insistance des gens de son peuple : quel sort misérable pour un chef que d’être ainsi livré par les siens à l’ennemi ! Et pourtant, ce perdant de l’histoire qui ne méritait pas une mention dans les annales, voilà que sa naissance est le point de départ du calendrier qui s’impose aujourd’hui à tous les peuples du monde.

Au témoignage de son voisin de croix, « il n’a jamais rien fait de mal. » En fait, littéralement, il n’a rien fait de déplacé. Comprenons bien : il n’a jamais commis de faute, en aucun sens. Nous sommes plus d’un milliard à le confesser aujourd’hui dans le monde, et beaucoup de gens du dehors sont enclins à le penser avec nous. Quel homme politique n’envierait pas un tel sans faute absolu, et une popularité pareille ?

Au moment de son impuissance finale, mourant méprisé sur le gibet, il prononce un décret qu’aucun homme, même dans son délire le plus débridé, n’a jamais osé imaginer pouvoir proférer : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. » Le paradis n’est pas le ciel : Jésus, le jour même de sa mort, ne sera nulle part ailleurs que dans son tombeau, en attente de la résurrection. Voilà ce que signifie le paradis : être, avec Jésus et en lui, prévu pour la résurrection. Le mur de la mort dans lequel nous allons tous - et heureusement qu’il y a ce mur, sinon nous serions condamnés à demeurer indéfiniment dans la débâcle de l’injustice et de nos péchés -, le Fils éternel de Dieu l’a percé lui-même pour nous le faire passer.

Que les puissants tremblent, car un jugement plus sévère les attend. Que les malheureux et les malfaiteurs repentants relèvent la tête, car un Sauveur tout puissant leur est donné sur la croix, le seul roi de miséricorde auquel on peut donner toute sa foi.

Voilà ce que Dieu notre Père avait prévu de faire depuis le début. Voilà ce que fait la Providence pour que tout homme soit sauvé.