Dimanche 5 décembre 2004 - 2ème dimanche de l’Avent

Il va recommencer.

Isaïe 11,1-10 - Romains 15,4-9 - Matthieu 3,1-12
dimanche 5 décembre 2004.
 

Il va recommencer.

Le gendarme indulgent dit « Ne recommencez pas » à l’automobiliste en infraction. Mais neuf fois sur dix il recommencera, non ? Peut-être moins si la perspective d’une lourde amende lui fait peur. Et après un accident sérieux ? Là, la plupart de ceux qui s’en sortent s’assagissent. Mais, trop souvent, au bout d’un certain temps ils n’y pensent plus guère et, c’est plus fort qu’eux, ils recommencent !

Certes, il y a des vertueux. Plutarque, grand auteur grec du premier siècle, estimait par-dessus toute autre qualité la justice, parce que, disait-il, n’importe qui peut être juste : il suffit de le vouloir. Mais l’expérience nous montre bien que, pour la plupart des hommes, "c’est plus fort qu’eux". D’ailleurs, d’un homme qui n’a pas commis tel crime, ou qui n’a pas recommencé, on peut seulement dire qu’il est mort avant de tomber ou de rechuter. Car qui sait ce qu’il aurait fait dans des circonstances de tentation bien pires que celles qu’il a connues ?

Il suffit de voir le cours du monde depuis que les hommes civilisés prônent constamment la vertu : l’histoire ne cesse de retomber dans les guerres, les horreurs et les injustices de toutes sortes. D’ailleurs, devant tant de mal sur la terre, Dieu avait décidé de détruire tous les vivants. Or, un homme trouva grâce devant lui : Noé, qui survécut au déluge et recommença l’humanité. Mais aussitôt le mal recommença également !

Alors Dieu a choisi un homme, Abraham, et un peuple dans sa descendance, Israël. Par amour il a fait alliance avec eux, il leur a donné la Loi parfaite, il a établi le lieu de sa présence au milieu d’eux. Mais leur cœur s’est éloigné de lui, et sans cesse il les rétablissait dans son alliance, mais sans cesse ils recommençaient à pécher et à se perdre. C’était plus fort qu’eux !

Alors, en ces jours-là, Jean-Baptiste fut envoyé annoncer au peuple la fin des temps de l’injustice du monde. Cette fois-ci, dit-il, ce sera vraiment la fin dernière : le baptême "dans le souffle et dans le feu". L’image est très parlante : la pelle à vanner jette en l’air le mélange de blé et de paille ou de balle, le vent emporte les fétus tandis que les grains retombent sur place. Quand le tri est complet, on engrange le bon grain et l’on brûle la paille inutile. De même, les justes vont être séparés des pécheurs : les uns seront sauvés de l’injustice du monde et les autres détruits pour toujours.

Or, Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse, et qu’il vive. Comme ses prédécesseurs les prophètes, Jean-Baptiste prêche donc la conversion. Simplement, il le fait avec l’accent de la dernière urgence : il est tout juste temps pour chacun de se reconnaître pécheur, de cesser de faire le mal et de venir recevoir le baptême d’eau qui scellera cette conversion et signifiera la remise de soi à la miséricorde divine. Il faut donc, en somme, vite profiter du baptême d’eau avant que n’arrive, grand et redoutable, le jour du baptême de souffle et de feu.

Et il va venir, ce jour, comme Jean-Baptiste l’a annoncé, puisqu’il est prophète, mais pas comme il l’avait pensé. En effet, un seul sera poussé dehors et détruit, et c’est le seul "bon grain", celui qui n’avait pas besoin de baptême du tout pour lui-même : Jésus. Le souffle qui le pousse, c’est l’Esprit Saint dont il recevra l’onction au sortir de l’eau, l’Esprit qui va le "lancer au désert" pour y être tenté par Satan, l’Esprit aussi par la puissance de qui il sera ressuscité après sa mort sur la croix par amour pour son Père et pour nous. Et le feu dans lequel nous serons plongés, c’est cet amour de Dieu, allumé sur la terre pour détruire non pas notre vie, mais nos fautes, si nous croyons en lui.

Pour nous préparer à accueillir le don merveilleux de Noël, il ne s’agit donc pas pour nous de prétendre à la vertu ou à la justice par nous-mêmes comme les païens ou les pharisiens, ou de nous accrocher à un privilège d’élection comme ceux qui pensent qu’être fils d’Abraham les dispensera d’avoir à se convertir, ou de se bercer d’une prétendue présence de Dieu à leur disposition comme les Sadducéens qui accaparaient le Temple et ne se souciaient pas des brebis perdues d’Israël. Tous, ils rompaient la solidarité : celle du peuple de Dieu ou celle de l’humanité. Et cela est indigne du Créateur et Père de tous.

Instruits par l’Esprit, nous devons plutôt reconnaître que tous les hommes sont pécheurs, même les plus vertueux, et que Dieu a envoyé Jésus, le Messie d’Israël, pour les sauver tous, pour sauver tout le monde. Recevons, par la foi, le feu de l’amour du Christ, et lui-même nous pardonnera, nous purifiera et nous convertira.

Oui, il va recommencer le monde, Dieu, dans la merveilleuse incarnation du Verbe : en son Fils il le recrée juste et saint devant sa face pour l’éternité.