Dimanche 12 décembre 2004 - 3e dimanche de l’Avent

Suivez bien l’alignement, c’est tout.

Isaïe 35,1-6.10 - Jacques 5,7-10 - Matthieu 11,2-11
dimanche 12 décembre 2004.
 

Suivez bien l’alignement, c’est tout.

Suivre un alignement, c’est une opération élémentaire en navigation. Sur la mer, il n’y a pas de bandes blanches pour délimiter les voies. Les obstacles les plus mortels n’y sont pas visibles comme poteaux au milieu du bas-côté, mais cachés sous la surface comme spadassins au coin du bois. Or, le navigateur avisé qui suit avec constance un juste alignement passera au milieu des périls jusqu’à bon port.

Tenez, par exemple, vous voyez la croix, là-haut, au fond du chœur ? Oui, n’est-ce pas, parce qu’elle est bien éclairée. Bon, et l’autel, vous le voyez ? Bien sûr, placé comme il est au centre de nos regards. Eh bien, si vous êtes dans l’allée centrale, vous voyez la croix par l’autel. C’est comme ça qu’on dit : l’amer le plus lointain par l’amer le plus proche. Un amer, c’est un objet remarquable qui ne bouge pas, par différence avec tout ce qui flotte et peut dériver au gré des vents et des courants.

Imaginez que le sol de l’église soit la surface de la mer, et les bancs sur lesquels vous êtes assis des sortes de barques. Mais l’autel est bien planté au fond, inébranlable, et la croix fixée au ciel, plus stable que la terre elle-même. Ceux qui sont à tribord de l’église ont l’alignement ouvert à droite : ils voient la croix à droite de l’autel. Et ceux qui sont à bâbord ont l’alignement ouvert à gauche, c’est logique. Maintenant, vous faites route. Vous allez vers l’avant, évidemment. Et pour venir, ou revenir, sur l’alignement, il faut compenser en pointant d’autant plus à gauche du cap que vous êtes à droite, et réciproquement.

Maintenant, comprenez. L’autel, c’est le lieu de notre communion dans la foi de l’Église catholique. Il rassemble les fidèles, ceux qui confessent que Jésus est le Christ, le Messie d’Israël, le Fils unique de Dieu, le Verbe qui a pris chair de la sainte Vierge Marie et qui nous donne véritablement son corps et son sang en nourriture de vie éternelle. Et la croix, c’est le rappel que Jésus est mort pour racheter tous les hommes, qu’il a donné sa vie pour sauver tout le monde. La bonne ligne, c’est quand on voit la croix par l’autel. Autrement dit, lorsqu’on confesse que Jésus est mort pour le salut de tous les hommes en communiant fidèlement dans l’Eucharistie de la sainte Église catholique.

Voyez Jean-Baptiste. Aujourd’hui, il est un peu perdu. Déjà, il n’est pas simple de reconnaître en Jésus celui dont les Écritures annonçaient la venue, surtout quand le paradoxe de la croix du Fils de Dieu se profile à l’horizon. D’ailleurs, le vent de la persécution s’est fait violent pour Jean, et forts sont les courants de la séduction du côté de chez Hérode. Il ne sait plus trop si Jésus est le Christ, ou si le Christ est vraiment celui qu’on attend. Les allusions sont multiples en quelques mots dans notre passage. Le roseau agité par le vent évoque un homme qui change d’avis, et aussi les bords du Jourdain où Jean baptisait, et même la figure d’Hérode qui avait fait frapper une monnaie où figurait ce symbole de la ville de Tibériade, fondée par lui et ainsi nommée en l’honneur de Tibère. D’ailleurs, c’est dans un de ces palais des rois où se pavanent les gens bien habillés que Jean-Baptiste se trouve en prison : en prison, certes, mais admis régulièrement à parler avec Hérode qui l’apprécie et l’écoute volontiers malgré ses remontrances au sujet de son mariage douteux.

C’est pourquoi Jésus dit à ceux qui veulent bien comprendre : oui, Jean-Baptiste est un prophète, le plus grand puisque le dernier, et il faut croire fermement à sa première annonce, quand bien même il se mettrait maintenant à hésiter. Pensez ici à saint Paul avertissant les Galates : « Eh bien ! si un jour quelqu’un, même nous, même un ange du ciel, vient annoncer un Évangile différent de l’Évangile que nous vous avons annoncé, qu’il soit maudit ! » Mais ni saint Paul ni saint Jean-Baptiste n’ont dû être maudits, grâce à Dieu, car ils s’en sont tenus finalement avec fermeté à leur première annonce.

Voilà, frères, la constance dont nous devons faire preuve, nous aussi, maintenant. La première et la dernière récolte dont parle saint Jacques, c’est d’abord nous, les chrétiens fidèles aujourd’hui, et puis tous les hommes que Dieu saura bien rassembler demain dans la foi en son Fils. Je vous le redis, frères, alignez la croix par l’autel : la foi au salut universel par le sacrifice du Christ, dans la ferme certitude que notre foi catholique est la vérité même, et qu’il n’y en a pas d’autre.

Ne vous laissez pas entraîner par tous les courants du monde qui se mettent en travers de votre persévérance. Réfléchissez : si vous ne communiez pas à cet autel, que pèse votre affirmation de la valeur universelle de Jésus ? Mais si vous croyez vraiment que Jésus sauve le monde, comment pourrez-vous manquer de venir communier à cet autel ? Ne perdez pas maintenant la joie du salut qui vient bientôt.

Suivez fidèlement l’alignement de la croix par l’autel, c’est ainsi que vous entrerez dans le Royaume des cieux, vous et tous ceux qui auront cru en Lui à votre suite.