Jeudi 9 mai 2002 - L’Ascension du Seigneur

Entre les deux mon cœur balance

Actes 1,1-11 - Éphésiens 1,17-23 - Matthieu 28,16-20
jeudi 9 mai 2002.
 

Entre les deux mon cœur balance

Ah, la jolie chanson ! Ah, le délicieux embarras ! Une jeune fille n’a que celui du choix entre deux prétendants qui soupirent en attendant d’elle le mot qui fera l’un heureux, et l’autre pas. Mais ils savent devoir respecter l’hésitation de la belle : on ne se donne pas à la légère à un homme pour la vie !

Enfin la donzelle se lance, elle franchit le pas. Bien sûr, il restera en elle l’idée que l’autre aurait peut-être été aussi bien, voire mieux. Mais si elle entretient ce doute, c’est qu’elle n’a pas bien choisi. Pire, elle défait son choix. Au contraire, si elle se confie résolument à sa décision contre toute tentation de retour en arrière, elle a sûrement fait le bon.

Quand Jésus ressuscité rencontre sur la montagne les onze disciples qu’il a convoqués, c’est parce qu’ils les a choisis. Mais eux, ont-ils déjà tout à fait répondu au Seigneur selon son attente ? Quand ils le virent, nous dit l’évangile, ils se prosternèrent, "mais certains eurent des doutes". Les Apôtres ont des doutes ? Qu’est-ce que cela signifie ?

En réalité, le verbe grec employé, distazô, signifie littéralement "balancer", être partagé entre deux partis, donc rester dans l’irrésolution, l’équivoque ou l’ambiguïté. On peut le traduire aussi bien par hésiter que par douter.

Dans l’évangile selon saint Matthieu, il s’agit ici du moment décisif où le Christ victorieux nomme ses Apôtres et les envoie en mission. Reconnaître Jésus ressuscité comme Seigneur et Dieu, accepter sans condition une charge qui implique un don total de soi à la vie, à la mort, voilà ce devant quoi des disciples ont quelque hésitation. On peut les comprendre.

Il n’empêche que, selon la tradition, tous ont plongé jusqu’au témoignage suprême du martyr, sauf peut-être saint Jean dont la dévotion au divin Maître n’en fut sûrement pas moindre, nous pouvons le croire.

Le sceau de la foi qui leur fut ainsi accordé par Dieu n’empêche pas qu’ils aient eu, chacun à ses heures et les uns contre les autres, des défaillances ou des errances diverses.

Mes amis, nous sommes des êtres partagés. Nous avons des mouvements contraires à la foi ou aux devoirs qu’elle implique. Ces tentations, passagères ou insistantes, nous tourmentent et nous ne les chassons pas toujours aisément. Mais il ne faut pas confondre le doute, qui refuse et paralyse la foi, avec les hésitations qui embarrassent notre marche.

De par les faiblesse de notre condition humaine, en particulier dans l’ignorance où nous sommes des réponses à tant de questions qui nous hantent, nous pouvons connaître bien des difficultés et des temps d’obscurité. Le Seigneur lui même a souffert ainsi au jardin de Gethsémani. Mais lui n’a jamais douté, il n’a pas un instant cessé de se confier parfaitement à son Père. Pour nous, hélas, nous sommes en outre pécheurs, et tout péché est contraire à la foi.

La foi est décision de se confier à Jésus Christ, de façon totale et irrévocable, en réponse à l’appel souverain du Dieu et Seigneur qui nous a aimés jusqu’à donner son Fils pour nous sauver. C’est pourquoi l’Alliance du Christ et de l’Église peut être signifiée analogiquement par le mariage de l’homme et de la femme. La foi n’est pas moins une décision concrète qui engage toute la vie.

Comme une jeune fille qui s’est décidée peut balancer encore un peu au secret de ses arrière-pensées, ainsi nous pouvons souffrir de diverses ambiguïtés ou hésitations dans notre existence de croyants. Mais, de même qu’en femme sage elle commande à son cœur de se ranger tout à fait à la décision prise, de même il nous faut choisir de nous soumettre fidèlement aux devoirs de notre vocation chrétienne. C’est ainsi que, comme elle, nous connaîtrons le bonheur d’une alliance d’amour sans retour.

En effet, la force, le pouvoir et la vigueur que Dieu a mis en œuvre dans la résurrection et l’ascension du Christ Jésus, il en comble maintenant l’Église en vue du jour où il viendra dans la gloire.

Et, déjà, nous pressentons cette gloire qui nous brûle, grâce au cœur de notre Dieu avec nous pour toujours.