Dimanche 30 janvier 2005 - Quatrième Dimanche

Quelle horreur, quelle gloire et quel mystère !

Sophonie 2,3.3,12-13 - 1 Corinthiens 1,26-31 - Matthieu 5,1-12
dimanche 30 janvier 2005.
 

Quelle horreur, quelle gloire et quel mystère !

Quelle horreur que le sort de ce peuple plongé dans une nuit atroce.

Quelle gloire pour ce peuple de se tenir à nouveau debout au milieu des nations, relevé par une force qui l’emporte sur la mort.

« Non, le pauvre ne disparaîtra pas du milieu de la terre, avait dit le Seigneur Dieu à son peuple au livre du Deutéronome (Dt 15,11), c’est pourquoi je te l’ordonne moi-même, tu ouvriras ta main, oui, tu l’ouvriras, pour ton frère, pour l’humilié et pour le pauvre sur ta terre. » Et par ce peuple il a enseigné au monde le respect et l’amour du pauvre, du faible et du petit.

« Les doux posséderont la terre, et ils jouiront de la paix en abondance », avait chanté le Psalmiste au souffle de l’Esprit (Psaume 37,11). Et par le prophète, le Seigneur a annoncé la consolation à ceux qui pleuraient, c’est-à-dire les endeuillés de Sion (Isaïe 61,2-3).

Qu’est-ce que le deuil de Sion ? D’abord la peine et la privation des juifs après la chute de Jérusalem et la destruction du Temple par Nabuchodonosor en 587 avant Jésus Christ, et les souffrances de la déportation et de l’exil qui s’ensuivirent. Et, après, toutes les douleurs de ce peuple qui fut tant de fois frappé et dispersé au cours des âges de l’Alliance.

Mais à chaque fois, pratiquement, ce peuple fit l’admiration des hommes de pouvoir et de culture des hautes civilisations qui dominèrent sur lui. Il obtint ainsi presque toujours l’exemption des servitudes religieuses communes, gardant le droit et le bonheur de suivre les lois et les coutumes de ses Pères.

Ainsi, au temps de Jésus, les juifs jouissaient d’un statut spécial dans tout l’Empire romain où ils étaient nombreux et parfois prospères, formant des communautés dans presque toutes les villes, fréquemment estimés et honorés par les autorités locales. En Judée et en Galilée, en revanche, ils n’étaient qu’un peuple petit et faible, gémissant sous la domination de fer des gouverneurs romains ou des rois et des roitelets imposés au pays.

Quel mystère, donc, que le malheur et la gloire à la fois, de ce peuple depuis son origine, depuis Abraham, l’ami choisi par Dieu parmi tous les hommes du monde, et qui pourtant, déjà, vécut en émigré chez des peuples étrangers et comme un errant sur la terre qui lui était promise.

C’est bien dans les dons et les promesses faites à son peuple juif par le Seigneur Dieu d’Israël et Maître de l’univers que sont enracinée les béatitudes prononcées par Jésus aujourd’hui. Lui-même les vivra jusqu’au bout, jusqu’au sacrifice ultime qu’il l’a pressenti à la lumière du témoignage laissé par les justes et les prophètes des temps anciens, lorsque le Seigneur ne cessait d’appeler son peuple à la conversion.

Et nous, aujourd’hui, nous le croyons et nous le proclamons : si Jésus est mort sur la croix, c’est pour accomplir les promesses de Dieu à son peuple bien-aimé et par amour de tous les hommes, en premier des pauvres et des petits de tous les temps et de tous les lieux de la terre. Et si le Christ est ressuscité, c’est afin d’être le premier-né d’entre les morts. Ainsi pourra-t-il nous établir dans la vie éternelle au jour de sa venue, nous arrachant pour toujours au péché, à la haine et à la mort qui ont régné sur le monde.

Les Béatitudes sont le chant qui s’élève de la croix de Jésus au nom de tous les malheureux de l’histoire. Et ce chant de douleur et d’amour ne se taira pas jusqu’au jour où il viendra dans sa gloire pour leur faire justice et les établir magnifiquement dans le Royaume de sa grâce.

Tel est le mystère de la Pâque du Seigneur, de l’horreur et de la gloire de sa croix, et de sa victoire totale en la résurrection.

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