Dimanche 20 mars 2005 - Dimanche des Rameaux et de la Passion

En amour, où est la victoire ?

Matthieu 21,1-11 - Isaïe 50,4-7 - Psaume 21 - Philippiens 2,6-11 - Matthieu 26,14 à 27,66
dimanche 20 mars 2005.
 

En amour, où est la victoire ?

Car il est question d’amour ici, et du plus vif, pour cette jeune femme bouleversée à la venue de l’homme qui vient à elle. Toute tremblante, elle se demande : Qui est-il donc ?

Mais vous, vous vous demandez surtout : qui donc est cette jeune femme ? C’est Jérusalem personnifiée qui, dans notre passage de l’évangile selon saint Matthieu, est littéralement secouée comme par un séisme et s’interroge elle-même. Seulement, la traduction liturgique édulcore le texte grec en le rendant par : “l’agitation gagna toute la ville ; on se demandait : Qui est cet homme...”

La citation du prophète Zacharie est claire : il s’agit de l’avènement de ce Dieu d’Israël qui a promis à “la fille de Sion” de venir à elle en époux vainqueur. Et voilà que celui qui vient est Jésus : qui est-il, celui-ci, sinon Dieu en personne ? Devant ce roi pacifique, les hommes étendent leur manteau, c’est-à-dire le symbole de leur puissance et de leur force guerrière. L’ânesse et son ânon indiquent un moment de paix et de fécondité qui évoque les temps messianiques.

Déjà, lorsque le roi David prit la ville de Jérusalem, mille ans auparavant, ce fut sans se battre qu’elle se rendit à lui. C’est pourquoi la foule, reconnaissant en Jésus le Messie que préfigurait le berger de Bethléem, l’acclame au cri de : « Hosanna au fils de David ». Tout, enfin, est à la joie et à la fête de l’amour. Mais où serait la victoire, puisqu’il n’y a pas eu de combat ? Nous le verrons bientôt. Pour l’instant, entrons en chantant avec les foules de Jérusalem qui acclament Jésus sans avoir tout à fait compris de qui il s’agit, puisqu’elles voient en lui un “prophète de Nazareth en Galilée”.

Après la lecture de la Passion

En amour, il n’est de victoire que dans la fuite, disait Napoléon qui s’y connaissait en batailles. Ce mot, qu’il soit authentique ou non, est plein de sagesse. Le langage amoureux est tissé d’images guerrières : de sièges, de résistances, d’assauts, de prises et de redditions. Peu importe que la convention assigne les rôles sans établir la symétrie, l’homme étant censé toujours attaquer et la femme se défendre. En fait, pour l’homme et pour la femme, la vérité est qu’il n’est pas de conclusion amoureuse sans que le prétendu vainqueur ne se livre aussi lui-même à celle qu’il a vaincue. Quelles que soient les inégalités de l’histoire de la séduction de l’un par l’autre, au bout de chemin, s’il est atteint, la soumission est mutuelle, inévitablement. Et quiconque s’acharne à vouloir posséder l’autre sans être possédé soi-même ne réussit qu’à aggraver sa propre défaite en voulant asservir absolument sa conquête.

Le drame en la matière n’est pas que l’amour de l’homme et de la femme soit une soumission mutuelle. C’est que cette soumission les mette en danger, l’un et l’autre, en sorte qu’ils ont tout à craindre l’un de l’autre, en même temps qu’ils se désirent l’un l’autre. Cette peur inévitable et ce danger réel sont la conséquence du péché qui vient toucher l’humanité au cœur du meilleur d’elle-même. Et c’est à cause du péché des hommes que le Fils de Dieu s’est fait obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur une croix.

Lui-même n’avait rien en lui pour altérer la joie et la pureté de l’amour. En réalisant le don merveilleux de Dieu à qui il a plu de s’offrir lui-même à l’humanité comme un homme se donne à la femme qu’il aime, il n’avait aucune raison d’éprouver ni crainte ni mauvaise pensée à l’égard de “la fille de Sion”. C’est pourquoi nous avons fêté aujourd’hui d’abord son entrée à Jérusalem dans la pure joie d’épousailles heureuses.

Mais, parce qu’il nous a aimés pécheurs, il a subi les conséquences de notre péché. Il est allé jusqu’au bout de la souffrance et de l’humiliation, il a revêtu la forme d’esclave, il est descendu au fond toutes nos morts, il a tout enduré par amour pour nous.

Il savait que pour nous il n’est de victoire en amour que dans la fuite, et il n’a pas pris la fuite. C’est en pleine liberté qu’il a mené cet étrange combat où un seul homme prend tous les coups et n’en donne aucun. Il s’est offert à toutes nos défaites comme une victime pure et sans révolte.

Regardez la croix : si vous croyez que l’homme qui donne sa vie sur ce bois le fait pour vous, parce qu’il est ce Dieu qui vous aime, cela change votre vie et votre façon d’aimer.

En amour, la victoire est dans notre foi en Jésus Christ qui a souffert sa Passion pour nous sauver.

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