Vendredi Saint 25 mars 2005 - Célébration de la Passion du Seigneur

L’imitation, quelle force irrésistible !

Isaïe 52,13 à 53,12 - Psaume 30 - Hébreux 4,14-16 et 5,7-9 - Jean 18,1 à 19,42
vendredi 25 mars 2005.
 

L’imitation, quelle force irrésistible !

Je ne parle pas du pastiche d’une célébrité ni de la contrefaçon de produits prestigieux, mais de ce mouvement inconscient qui nous porte à reproduire ce qui nous a frappé. Plus la charge émotive est grande, plus impressionnant est l’autre en la présence de qui nous sommes, plus impérieuse se fait la nécessité du mimétisme.

Voilà ce qui fait ressembler les enfants à leurs parents, bien plus sûrement qu’aucun caractère génétique. Voilà ce qui donne à dire « Qui se ressemble s’assemble » en inversant la cause et l’effet, car, en réalité, c’est plutôt que ceux s’assemblent bientôt se ressemblent.

Voilà pourquoi il est essentiel de choisir ses fréquentations : personne ne sort indemne de la rencontre des méchants, et nul n’approche le juste sans être touché par un rayon de sa grâce. Nous ne pouvons pas toujours éviter le contact des gens de mauvaise influence, mais nous pouvons choisir de contempler le Christ.

Le voilà, le parfait imitateur du Dieu tout-puissant et infiniment bon. Ce titre donné à Jésus ne nous est pas familier, mais lui-même déclare dans l’évangile selon saint Jean : « Le Fils fait seulement ce qu’il voit faire par le Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. » Cette affirmation résonne d’une manière vertigineuse au jour où nous contemplons la passion et la mort du Fils. En tout cas, celui qui lève les yeux vers le Fils et laisse agir en lui la force irrésistible qui le pousse à l’imiter fera les œuvres du Père.

Nous devons donc contempler le Fils, en toutes ses œuvres et paroles, et surtout en sa passion. Mais comment nous mettre en sa présence ? Ce n’est pas d’abord par quelque image de Jésus que nous le verrons, c’est par sa Parole vivante qui frappe nos oreilles, nos esprits et nos cœurs quand l’Écriture est lue dans la liturgie de l’Église, aujourd’hui particulièrement.

Dans un instant, je vous inviterai à vénérer cette croix que je vais aller chercher au fond de l’église. C’est une croix vide : nous ne cherchons pas à reproduire l’aspect d’un Jésus accroché au gibet, nous ne faisons pas semblant de penser ce soir qu’il n’est pas encore ressuscité. Que votre vénération de ce lieu qui porte mémoire du passage de Jésus soit un acte de foi, une anamnèse de sa mort et de sa résurrection. Nous ne voulons opérer ici ni représentation ni contrefaçon, mais que le Seigneur en personne fasse de nous une version originale de lui-même pour aujourd’hui.

C’est bien parce qu’il n’est plus sur la croix mais vivant à jamais, élevé à la droite du Père, que nous pouvons vivre cette mémoire de sa passion de façon à le rencontrer vraiment, en sorte qu’il nous pousse à vivre comme lui jusqu’à la mort pour l’amour d’autrui, pour l’amour même des méchants qui l’ont crucifié, et qu’il a sauvés par sa croix. Ainsi, nous qui étions méchants, nous devenons l’anamnèse de Jésus Christ pour le salut du monde.

Telle est la force irrésistible de l’Esprit Saint qui nous donne d’imiter le Père par le Fils pour la vie éternelle.

Texte des lectures : Cliquez ici