Nuit de Pâques 26/27 mars 2005 - La Résurrection du Seigneur

Quelle nuit sommes-nous ?

Sept lectures de l’Ancien Testament et leurs Psaumes ou Cantiques - Romains 6,3-11 - Matthieu 28,1-10
samedi 26 mars 2005.
 

Quelle nuit sommes-nous ?

Est-ce seulement la nuit ? Les lumières de la ville, toujours plus envahissantes, répandent alentour un jour aussi permanent qu’artificiel. Et les noctambules s’étourdissent de distractions pour oublier qu’ils ne savent plus prendre le repos nocturne.

En tout cas, s’il s’est passé quelque chose dans la nuit, qu’on l’ait passée à dormir ou à s’étourdir, on ne l’apprend que le lendemain. Et c’est bien ce qui arrive à Pâques.

D’habitude, la liturgie nous donne à entendre le récit des événements qu’elle célèbre. Mais, cette nuit, l’évangile selon saint Matthieu nous situe “à l’heure où commençait le premier jour de la semaine”, c’est-à-dire au matin après le sabbat.

Et là, certes, il se passe des choses : tremblement de terre, descente d’Ange et roulement de pierre, au point que les gardes en meurent quasiment de peur.

Mais l’événement essentiel, la résurrection de Jésus, s’est passée cette nuit. Quand exactement et comment, nous n’en saurons rien. Aucun homme ne l’a vu ou entendu, l’Ange n’en souffle mot ni l’Écriture en aucun lieu. Tout ce qui nous est dit est : il n’est pas ici, car il est ressuscité, venez voir l’endroit où il reposait.

Comprenez bien, frères : la pierre n’a pas été enlevée du tombeau pour en sortir Jésus, mais pour que ses disciples y entrent. Nous pouvions bien nous douter que le Seigneur n’avait pas besoin qu’on lui ouvre la porte pour ressusciter et s’en aller. Mais saviez-vous qu’il vous fallait entrer là où il se trouvait mort, là où il a reposé en ce Samedi saint, ce grand sabbat qui était aussi la fête de la Pâque.

Et tandis qu’il gisait au ventre de la terre, le Christ prêchait aux morts qui s’y trouvaient prisonniers, il accomplissait le salut inespéré de tous les disparus du monde. Paradoxe de l’action de Dieu réalisée “dans le silence”, mystère de ce “repos sacré” du sabbat qui se révèle le lieu par excellence où “le Père est à l’œuvre et le Fils également”. Depuis le septième jour de la création, depuis le jour où Dieu s’était “arrêté de toute l’œuvre qu’il avait faite”, le sabbat donné à Israël attendait ce remplissement inouï.

Telle est cette nuit du tombeau, nuit de notre salut, où il nous faut aller chercher la lumière merveilleuse de la résurrection. Et cette nuit s’appelle sacrifice, douceur et patience infinies, renoncement à soi-même, dépérissement de tout orgueil et de tout égoïsme, obéissance, pauvreté et chasteté, croix que chacun doit porter pour suivre le Christ.

Et cette nuit s’appelle Église, avec ses lourdeurs et ses laideurs d’hommes, ses duretés d’institution, de hiérarchie, de rites et de juridiction. Mais nul ne trouve la lumière de la résurrection par un autre chemin que celui qui s’ouvre aux sacrements de l’initiation chrétienne confiés à l’Église : renaissance d’en haut de l’eau et de l’Esprit, confirmation donnée avec l’huile sainte et communion au corps et au sang du Seigneur dans la célébration de l’Eucharistie.

Jacqueline, Florence, Julien, Daisy et Séverin, j’espère que nous n’allons pas faire de vous des prématurés. Faites bien attention : le triple don que vous allez recevoir de mes mains n’est pas moins que Dieu lui-même en héritage, en partage et en responsabilité. Et, hélas, on peut le recevoir comme si on ne le recevait pas.

À partir de cette nuit, vous serez attendus tous les dimanches, je dis bien tous, dans l’assemblée de l’Église pour la célébration de l’Eucharistie dominicale, pour la messe du dimanche. Et si vous n’y venez pas, vous manquerez : vous manquerez à Dieu, à vos frères chrétiens, à votre parole de cette nuit. Vous serez attendus chaque jour par la parole du Seigneur qui vous dira : « Vas-tu, oui ou non, donner ta vie aujourd’hui avec moi ? » Et si vous ne le faites pas, vous manquerez à tout et à tous.

Peut-être commencez-vous à penser que vous auriez mieux fait de ne pas venir. Je dirais presque que je l’espère. Pire serait votre inconscience, en la circonstance, de votre incapacité à assumer la charge que je vous annonce. Mais, je vous le dis comme l’Ange aux femmes de l’évangile : vous, soyez sans crainte. Car, si ce don de Dieu est impossible à porter par l’homme, il est aussi la grâce de Dieu qui rend l’homme capable de le porter. Si seulement vous croyez de tout votre cœur, si vous accueillez le don de la foi, vous vivrez.

Attention, frères, je vous le dis à tous qui portez le nom de chrétiens par le don du baptême dans la mort de Jésus Christ : l’effet de ce don et le signe que vous l’avez vraiment reçu est la générosité du don de vous-mêmes dans l’Église, avec et par le Christ. C’est là que brille la lumière de sa résurrection pour le salut du monde.

Cette nuit où nous sommes est celle de Dieu qui “comme le jour est lumière” pour ceux qui croient au Fils bien-aimé venu dans la chair.

Texte des lectures : Cliquez ici