Dimanche 10 avril 2005 - Troisième dimanche de Pâques - Deux jours après l’enterrement du Pape Jean-Paul II

Vous le mettez dans la terre et vous dites qu’il est dans le ciel. Allez comprendre !

Actes 2,14.22-23 - Psaume 15 - 1 Pierre 1,17-21 - Luc 24,13-35
dimanche 10 avril 2005.
 

Vous le mettez dans la terre et vous dites qu’il est dans le ciel. Allez comprendre !

Surtout si, pour faire bonne mesure, vous ajoutez qu’en fait, il est dans notre cœur.

Quand on n’arrive pas à comprendre, on fronce les sourcils avec un air sombre. Quand on n’arrive pas à se faire comprendre aussi, d’ailleurs. Mais si enfin cela réussit, comme les visages s’éclairent !

À quel moment cela réussit-il pour les disciples d’Emmaüs ? C’est simple. Avant qu’ils n’arrivent à destination, “le soir vient et déjà le jour baisse”. Et puis, à l’instant où ils ont compris, ils se lèvent comme si l’on était de bon matin et partent pour Jérusalem. Entre les deux, “il entra donc pour demeurer avec eux”.

Rappelez-vous ces mots que prononce Jésus dans l’évangile de saint Jean à la veille de sa passion, au moment de passer de ce monde à son Père : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, mon Père l’aimera, nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure. » (Jean 14,23)

Et aussi, ce passage de l’Apocalypse : « Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. » (Apocalypse 3,20)

Où cela se passe-t-il ? En fait, si le village d’Emmaüs situé à soixante stades de Jérusalem est impossible à situer sur la carte, en revanche ce nom évoque par assonance un mot bien connu : Emmanuel. En hébreu, cela signifie Dieu (El) avec nous (Emmanu). Le mot “Emmaus”, débarrassé de son s final euphonique, avec la chute du n, transcrit bien l’hébreu “avec nous”. De plus, dans le texte grec, la phrase est construite de telle manière que ce nom paraît s’appliquer à Jérusalem plutôt qu’au village qui constitue le but du voyage : littéralement, ils faisaient route “vers un village éloigné à soixante stades de Jérusalem, dont le nom est Emmaus”. Comprenez : c’est bien Jérusalem qui est le lieu de Dieu “avec nous”, et ce Dieu s’est fait présent à son peuple en Jésus qui est l’Emmanuel en personne.

Ainsi, cet épisode signifie que, ressuscité, Jésus se fera “Dieu avec nous” pour tous les disciples, en quelque lieu du monde, si distant soit-il de Jérusalem, pourvu qu’ils écoutent la Parole ensemble afin de la comprendre et d’en vivre.

Bien sûr, cette promesse s’accomplit pour nous qui sommes ici à la messe comme pour tous les chrétiens du monde rassemblés dans la célébration de l’Eucharistie en ce premier jour de la semaine, jour de la résurrection du Seigneur. C’est lui qui nous explique les Écritures au cours de la liturgie de la Parole, nous montrant de quelle manière elles lui rendent témoignage du début à la fin, proclamant sa mort pour le salut du monde et sa résurrection pour notre sanctification. C’est lui qui se donne à recevoir sous les espèces du pain et du vin afin qu’en communiant à son corps et à son sang nous soyons remplis de l’Esprit Saint.

Faites bien attention à ceci, frères : cela n’a aucun sens de communier si l’on n’est d’abord passé par le travail de la Parole qui réalise en nous l’intelligence de la foi. Certains disent que tout devrait être simple et qu’il est inutile d’enseigner des choses compliquées que l’on a du mal à comprendre. Mais le Seigneur lui-même, pour cela, a pris la peine de la croix !

Ainsi, que tous ceux qui ont eux-mêmes fait l’effort de l’écouter jusqu’à se laisser illuminer par la splendeur de sa révélation aillent au bout du don de son amour : qu’ils s’approchent de cette table et se laissent unir et transfigurer par ce repas qu’il prend avec son Église bien-aimée afin qu’elle se lève et porte au monde son propre témoignage. En elle, en effet, c’est lui-même qui s’offre aujourd’hui au monde afin qu’il croie et soit sauvé.

Cela n’a pas de sens de porter quelqu’un en terre et de déclarer qu’il est au ciel, si ce n’est dans la foi à celui qui seul est monté au ciel parce qui lui seul est descendu du ciel. Mais, dans cette foi, nous croyons que ceux qui sont morts en communion avec le Christ, et pas seulement le Pape mais tous ceux que le baptême a fait renaître d’En haut, ont leur vie cachée en lui. Ainsi, nous croyons qu’ils sont au ciel et qu’ils vivent en notre cœur, en Jésus lui-même qui demeure avec nous.

En nous, c’est le Christ Jésus qui ouvre grand ses bras à tous nos frères humains et proclame : J’étais mort et enterré, et me voici vivant au milieu de vous pour les siècles.

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