14 avril 1995 - Vendredi saint

"Il n’y a pas de mots."

Isaïe 52,13 à 53,12 ; Hébreux 4,14-18 ; Jean 18,1 à 19,42
1996.
 

"Il n’y a pas de mots."

C’est ce qu’on dit devant un accident atroce, une souffrance intolérable : il n’y a pas de mots. Or, la Passion et la mort de Jésus ne sont-elles pas atroces, intolérables ? Et pourtant, il y a des mots. Et même beaucoup de mots. L’Ecriture, la liturgie nous en donnent quatre récits différents, chacun avec son originalité et sa cohérence théologique. Ce sont d’ailleurs probablement les premiers textes longs du Nouveau Testament constitués d’une manière stable. Il faut ajouter à cela de nombreuses pages de l’Ancien Testament, dont le mystérieux poème du Serviteur souffrant d’Isaïe.

Donc, Dieu - puisque l’Ecriture sainte est parole de Dieu - trouve des mots là où nous pensons qu’il faut se taire. Alors, qui a raison ? Dieu, certainement. Mais pourquoi ? Où se situe la différence entre lui et nous ?

Je crois que notre problème est que nous voudrions toujours pouvoir réparer. Nous ne supportons pas de perdre parce que nous ne savons pas espérer le Nouveau. Alors, devant l’irréparable, nous ne savons plus que faire. Et du coup nous ne savons plus que dire. Dieu, lui, est toujours à l’oeuvre pour préparer. Il prépare l’avenir, même, et surtout, dans la Passion du Fils. C’est pourquoi l’épître aux Hébreux dit du Christ qu’il est "le grand prêtre des biens à venir." La trahison, la souffrance de Jésus, sa mort, sont le fait de l’ennemi ; mais Dieu fait de tout cela le salut pour nous. Il nous prépare un avenir de grâce. C’est ce qui éclate dans la Résurrection, que nous fêtons le troisième jour, mais cet avenir se constitue déjà dans la Passion que nous célébrons maintenant.

Jésus vit sa Passion tout entier tourné vers l’avenir. Ce qui était haine et mort, il le transforme en vie éternelle. En se donnant tout entier pour nous donner un avenir, il nous pardonne aussi nos péché. Ainsi, en préparant notre Vie, Dieu répare aussi nos morts par surcroît, car ce qui est créé dans la Pâque du Seigneur passe merveilleusement la dignité de ce qui était déchu. Et cet événement prodigieux, il y a un mot pour le dire, c’est :

la Croix de Jésus-Christ.