Dimanche 17 avril 2005 - Quatrième dimanche de Pâques

Je vais m’occuper de vous.

Actes 2,14.36-41 - Psaume 22 - 1 Pierre 2,20-25 - Jean 10,1-10
dimanche 17 avril 2005.
 

Je vais m’occuper de vous.

Dire que cette phrase peut se prononcer sur un ton menaçant !

Normalement, s’occuper de quelqu’un, c’est le soigner, le nourrir, le vêtir, le garder, le guider... le servir en somme.

Oui, mais, voilà : le monde n’est pas pur. C’est pourquoi l’un des devoirs les plus délicats des parents est d’apprendre aux enfants, quand ils deviennent grands et de plus en plus tôt, à se méfier. Car il est des propositions attirantes, faites avec sourires et promesses, qui cachent des intentions malfaisantes.

Or, justement, les parents doivent inspirer à l’enfant une confiance totale : qu’il puisse croire que tout leur pouvoir sur lui est exercé pour servir son bonheur et son épanouissement, et non pour se servir eux-mêmes de lui. Sinon, comment pourront-ils lui faire prendre des chemins d’aspect rebutant, et qui sont pourtant ceux de la vie ?

En effet, sans cet apprentissage courageux, ils ne feront que des enfants gâtés et perturbés, victimes de leurs pulsions tyranniques, incapables de servir les autres mais pesant sur eux égoïstement, et finalement fort malheureux.

Au contraire, servis par des parents vraiment généreux, les enfants deviendront des adultes responsables, bergers et bergères de la vie du monde autour d’eux. Ce sera leur bonheur, et la gloire de ceux qui les ont élevés.

Tel est le propos de Jésus aux pharisiens. Il faut se rappeler que ce que nous avons entendu aujourd’hui fait immédiatement suite, dans l’évangile de saint Jean, à l’épisode de la guérison de l’aveugle-né. « Je suis venu, dit Jésus en conclusion, pour un jugement. » Autrement dit, pour que les choses soient clairement tranchées, que l’on sache qui sont ceux qui voient, et qui sont ceux qui ne voient pas.

À ses contradicteurs qui ne reconnaissent pas sa mission, Jésus dit : Regardez ! Voyez comme le peuple a écouté ma parole, comme il est venu à moi pour recevoir guérison, nourriture et direction de vie. Ce peuple, c’est celui que Dieu a choisi, vous le savez bien, celui qu’il a élevé comme un nourrisson tout contre sa joue, celui dont il a fait l’éducation comme un père fait celle de son fils. Ils ont appris à connaître Dieu comme celui à qui l’on peut se confier entièrement, et à chanter : Le Seigneur est mon Berger ! Et voilà que ce peuple a reconnu en moi la voix de ce Pasteur éternel de leurs âmes, lui qui m’a établi en leur faveur.

Comme les pharisiens ne comprenaient pas, dit le texte, Jésus reprit la parole : « Je suis la porte. » Cela signifie : à cause du refus des chefs du peuple, Jésus a été crucifié, et il est devenu le passage unique vers la Vie. Personne ne peut aller au bonheur éternel sinon en passant par la croix du Christ. Il a été mis à mort à cause de nos péchés, et il est ainsi devenu la cause de notre salut.

Il appelle tous les hommes à lui donner toute leur confiance, jusqu’à prendre le chemin qui paraît rebutant et impossible aux yeux du monde. Mais ceux qui le suivent découvrent le bonheur incroyable de renoncer à soi-même à la suite du bon Pasteur : pas seulement les religieux et les religieuses, et les prêtres appelés à devenir pasteurs dans l’unique Pasteur, mais tous les baptisés fidèles à leur vocation baptismale.

Voyez le Pape Jean-Paul II : les foules ont reconnu en lui la voix de l’amour du Père. Ils ont reconnu le Fils qui donne sa vie jusqu’au bout pour ceux qu’il aime, car il est venu non pour être servi, mais pour servir. Des pharisiens ont eu beau le critiquer, le dénigrer et même l’accuser de façon parfois délirante, les humbles et les pauvres ne s’y sont pas trompés. Ce sont eux qui rendent gloire à Dieu par leur vie et témoignent ainsi puissamment de la résurrection de Jésus Christ.

Comprenez bien : il ne s’agit pas d’abord de rendre témoignage à Jean-Paul II, cela, Dieu s’en chargera lui-même. Que l’on soit Pontife suprême ou petit pasteur local, que la sainteté de sa vie et de sa personne soit très grande ou assez moyenne, il s’agit bien de servir le témoignage de l’humble troupeau qui manifeste son amour du Père en venant, à son appel, à son Fils bien-aimé.

Regardez ces enfants, mes frères, et vous tous qui êtes venus pour la circonstance : ils ont appris au catéchisme à se rendre tout entiers disponibles à la prière et à la parole de Dieu, et ils écoutent très attentivement depuis le début. Pourquoi ? parce qu’ils ont reconnu la voix de celui qui dit :

Je m’occupe de vous pour vous donner la Vie.

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