Dimanche 24 avril 2005 - Cinquième dimanche de Pâques

Il ne suffit pas de dire “N’ayez pas peur”.

Actes 6,1-7 - Psaume 32 - 1 Pierre 2,4-9 - Jean 14,1-12
mardi 19 avril 2005.
 

Il ne suffit pas de dire “N’ayez pas peur”.

Encore faut-il présenter des arguments solides. Et même, ils ne serviront à rien s’ils ne sont pas compris de ceux à qui ils s’adressent.

S’il s’agit, par exemple, d’élargir et d’approfondir à la fois une union, de resserrer les liens entre partenaires et d’amplifier les ambitions communes, chacun peut craindre de s’y perdre, d’être négligé ou laissé de côté dans un mouvement qui le dépasse. Il faudra bien expliquer de quelle manière, au contraire, les dispositions nouvelles profiteront réellement à tous.

Quand Jésus dit à ses disciples “Ne soyez pas bouleversés”, on peut comprendre qu’ils le soient : au cours du dernier repas avant la Passion, Judas étant parti pour aller trahir son maître, Pierre se fait annoncer son reniement imminent en réponse à sa prétention de suivre jusqu’au bout. La consternation doit être totale : qui donc pourrait surnager dans ce naufrage général ?

Et Jésus ajoute : « Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures. » On suppose que cette parole se veut rassurante. Mais elle apparaît plutôt décalée et peu décisive : la question pour les disciples n’est pas de savoir si les places à prendre sont nombreuses, mais comment ils pourraient échapper à la destruction du groupe qu’ils formaient avec leur maître.

À cette question, Jésus semble répondre plus précisément ensuite : « Si je m’en vais et vous prépare une place, je viens de nouveau et je vous prends avec moi, en sorte que là où je suis, vous aussi vous y soyez. » Mais tout ce mouvement n’est pas bien clair, et seul Jésus l’exécute. Les disciples n’ont-ils donc qu’à attendre sans rien faire et sans savoir pour combien de temps ?

En fait, à ses amis plongés, à la veille de sa passion, dans la crainte de se voir tous perdus, Jésus annonce que, justement par sa mort, il va les sauver. Comment ? Par le don de l’Esprit Saint, fruit de Pâques, dont ils vont devenir, chacun et tous ensemble, les demeures vivantes. Voilà pourquoi “dans la maison du Père il y a beaucoup de demeures”. Il ne s’agit pas de la perspective d’intégrer chacun sa cellule dans une sorte de Grande Chartreuse céleste, mais de constituer ensemble l’Église, depuis sa naissance du côté du Christ en croix jusqu’à la fin du monde en sa venue dans la gloire. Et, par la puissance du même Esprit, de voir Jésus déjà venir au milieu des siens dans l’Eucharistie et de bien des manières

Voilà qui répond parfaitement, en fait, à la crainte des disciples. Encore faudrait-il qu’ils puissent le comprendre. Or, il est clair qu’au moment du récit, à la veille de la passion du Seigneur, ils en sont incapables. Voilà pourquoi chacune de leurs questions est si décalée par rapport aux propos du maître qu’ils semblent à chaque fois la poser après que la réponse vient d’y être donnée ! Mais après la résurrection, dans la force du don de l’Esprit, ils se rappelleront les paroles du Seigneur et ils comprendront sa Pâque, et même ils y auront part.

Tel est le sens du mouvement qui nous paraissait obscur : “si je m’en vais, dit Jésus, et vous prépare une place, alors je viens”. Cela signifie “ne soyez pas bouleversés par ma passion, elle est mon retour au Père dans l’accomplissement du sacrifice qui vous obtient le salut, elle est la condition du don de l’Esprit Saint qui fera de vous la demeure de Dieu.

Cet Esprit sera donné pour la rémission des péchés et pour la sanctification de chacun, et pour la constitution et l’unité du groupe formé par tous. Il sera donné pour sa croissance, en taille et en cohésion, par l’annonce de l’Évangile à toutes les nations. Il sera donné pour la grâce d’une unité vivante dans la foi et la charité qui progressera malgré les fautes et les divisions venant blesser le corps au cours de l’histoire.

Souvent les catéchumènes ont peur d’entrer vraiment dans “la grande Église” : ils préfèreraient s’en tenir au petit groupe chaleureux qui s’est formé autour d’eux pour la préparation de leur baptême. De même, les communautés particulières et les paroisses ont du mal à ne pas se replier sur elles-mêmes, à accepter de prendre part pour de bon à la vie ecclésiale qui déborde toutes les frontières. À tous, alors, s’adresse la parole du Seigneur : « Que votre cœur ne se trouble pas, vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. »

L’Église, lieu vivant de l’union intime des hommes avec Dieu, doit être un modèle et un moteur pour l’unité du genre humain qui se réalise aussi par les bonnes alliances nouées entre les peuples et les nations. Mais il ne suffit pas pour cela que Jésus dise “N’ayez pas peur”. Encore faut-il que nous l’écoutions, que nous comprenions sa parole et que nous en vivions.

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