Jeudi 13 mai 1999 - L’Ascension du Seigneur

Qui est votre turkmenbachi ?

Actes 1,1-11 - Ephésiens 1,17-23 - Matthieu 28,16-20
jeudi 13 mai 1999.
 

Qui est votre turkmenbachi ?

En langue turkmène, "bachi" signifie "tête" ou "chef". Le président de la république du Turkménistan est donc le "turkmenbachi", le chef des turkmènes.

Au milieu de la place principale d’Aschgabat, la capitale, s’élève la "Tour de la neutralité". Ce monument remarquable ressemble un peu à la fusée de Tintin, ou encore à la tour Eiffel, sauf que son sommet est occupé par une statue entièrement dorée du turkmenbachi équipé de deux drapeaux déployés dans le dos qui lui font comme des ailes d’archange, et monté sur un mécanisme grâce auquel il ne cesse de faire face au soleil au long du jour, et même de la nuit.

Ce culte de la personnalité nous fait sourire. Pourtant, dans sa naïveté, il est significatif d’une caractéristique universelle du coeur de l’homme, à savoir le fantasme primaire de la toute-puissance. Tout petit d’homme commence par se prendre pour le turkmenbachi, buvant le lait maternel comme l’univers mis à sa disposition. Plus tard, malgré les déceptions infligées par la réalité, il ne cesse de projeter son rêve initial, par exemple sur des personnages magnifiés jusqu’à la stature de lien entre ciel et terre.

C’est pourquoi celui qui, en nous, sourit du turkmenbachi en cache un autre.

Hommes, nous sommes pris entre la folie de notre grandeur et sa dérision qui se déchirent en nous.

L’Ascension de Jésus est la guérison de ce mal qui est le nôtre. Le Seigneur qui, parmi l’acclamation, s’élève au plus haut des cieux confirme la vérité de notre sentiment premier et confond le "Satan", "l’accusateur de nos frères", qui se répandait en dérision haineuse contre l’homme.

Qu’il est facile, en effet, de se moquer de cet être fragile et vulnérable, qu’il est aisé de le réduire à sa chair souffrante attachée au bois, corps sanglant et tourmenté qui ne peut se soustraire aux coups ni aux regards.

Pourtant, celui-là même qui a enduré la haine et le mépris jusqu’à n’être "qu’un ver et pas un homme", et pour cela même, est le trait d’union véritable entre terre et ciel qui établit tout homme dans la condition divine à laquelle il aspire.

Maintenant il est pour nous le chemin de l’accomplissement : quiconque le suit dans son abaissement magnifique a déjà sa vie cachée avec lui dans la gloire céleste.