Dimanche 13 juin 1999 - Onzième Dimanche

Vous n’êtes pas comme les autres.

Exode 19,2-6 - Romains 5,6-11 - Matthieu 9,36-10,8
dimanche 13 juin 1999.
 

Vous n’êtes pas comme les autres.

Est-ce agréable de s’entendre dire cela ? Les enfants répondent plutôt non. En effet, lorsqu’on parle d’un enfant "qui n’est pas comme les autres", cela ne signifie en général rien de bon.

D’un autre côté, nous autres adultes aimons bien être distingués : nous apprécions qu’on nous porte une considération particulière. Et lorsqu’un jeune homme amoureux dit à sa belle : "Tu n’es pas comme les autres", elle est fondée à le prendre bien.

Cette phrase est paradoxale aussi en elle-même. Il s’agit de n’être pas comme les autres : quels autres ? Les autres enfants, par exemple. Mais, pour n’être pas comme les autres enfants, il faut être un enfant soi-même. Pour n’être pas comme les autres en quelque chose, il faut d’abord être quelque chose comme eux !

Pour Israël, il en va de même.

Dieu fait dire par Moïse à la maison de Jacob : "Vous serez mon domaine particulier parmi tous les peuples - car toute la terre m’appartient - et vous serez pour moi un royaume de prêtres, une nation sainte."

Les fils d’Israël, à leur sortie d’Egypte, constituent une nation comme les autres. Sauf que, par le don de l’Alliance du Seigneur, ils ne sont pas comme les autres. Pourquoi Dieu les choisit-il pour ce don ? Parce qu’ils sont plus beaux, plus gentils, plus forts ou plus nombreux que les autres ? Non. Parce que c’est le choix de Dieu, voilà tout.

A l’époque de Jésus, la maison d’Israël offre à sa vue un spectacle lamentable : au lieu de resplendir de force et de sainteté, comme il siérait à un royaume de prêtres, les brebis du Seigneur sont comme les autres hommes : accablés sous le poids du péché et de la méconnaissance de Dieu.

C’est pourquoi le Christ choisit ses douze Apôtres, douze comme les patriarches fils d’Israël, et les envoie ranimer le peuple : le guérir, le ressusciter, le libérer de tous ses démons.

Vous savez l’histoire : Jésus échoue, il est rejeté par les siens et mis à mort sur la croix. Vous savez la suite : Jésus réussit, il est ressuscité par Dieu, élevé à sa droite, d’où il envoie l’Esprit-Saint sur les siens. Ainsi se lève le peuple à nouveau créé, tiré d’Israël et de toutes les nations qui sont sous le ciel.

Ce peuple, c’est vous. Et de quoi avez-vous l’air aujourd’hui ? De quoi ont l’air les baptisés dans notre ville ou dans notre pays ? Resplendissent-ils de gloire et de sainteté, ou bien sont-ils dispersés et harassés comme les autres hommes de notre temps qui n’ont de signes pour les orienter dans la nuit de ce monde que le miroitement de l’argent, du pouvoir et du plaisir ?

C’est pourquoi aujourd’hui encore le Christ envoie ses serviteurs ranimer le don de Dieu dans son peuple. Si nos communautés chrétiennes, de paroisses, de mouvements ou de famille, ne sont pas un lieu où s’accomplissent les merveilles de celui qui guérit, purifie et chasse les démons, nous sommes plus morts que vifs comme enfants de Dieu.

Et pourquoi sommes-nous si mal fidèles à notre élection sainte ? Peut-être parce que, pareils à des enfants trop faibles, nous préférons être comme les autres plutôt que d’assumer notre dignité chrétienne. Peut-être, au contraire, parce que, tels des adultes vaniteux, nous aimons nous parer du nom de fils de Dieu plus que subir tout ce qu’il faut pour lui faire honneur.

Avons-nous oublié que nous avons été choisis par pur amour, sans autre mérite que le don gratuit du Fils de Dieu ? Avons-nous cessé de croire à sa force donnée dans la faiblesse des petits qui se confient en lui ? Allons, s’il nous a donné le baptême alors que nous étions encore comme les autres hommes, combien plus maintenant il nous rétablira dans sa grâce, si seulement nous nous laissons faire enfin.

Croyez donc à la bonne nouvelle de votre salut, demandez et accueillez le don de Dieu dont il veut toujours à nouveau vous combler. Alors les hommes, attirés par le rayonnement glorieux de votre sainteté, viendront vous interroger.

Et que leur répondrons-nous ? Allons-nous dire : "C’est que nous ne sommes pas comme les autres, pas comme vous" ? Bien au contraire, nous leur dirons : "Nous sommes comme vous, des fils de la terre à qui Dieu veut faire grâce maintenant."

Ainsi nous serons ce que Dieu, dans son amour, nous fait être par le baptême en son Fils.