Dimanche 27 juin 1999 - Treizième Dimanche

Qui a vu ?

2 Rois 4,8-11.14-16 - Romains 6,3-4.8-11 - Matthieu 10,37-42
dimanche 27 juin 1999.
 

Qui a vu ?

Qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours ?

On disait cette petite phrase drôle pour se moquer gentiment des gens qui veulent se rendre intéressants et se donner de l’importance en racontant des histoires prétendues vraies comme s’ils en avaient été les protagonistes alors qu’ils n’en sont que les colporteurs de énième main.

Pourquoi l’ours, au fait ? Peut-être parce que cet animal terrible et rare qui hantait les cavernes préhistoriques représente dans notre imaginaire la force ténébreuse de la mort. Remarquable est donc celui qui a vu l’ours et peut en parler !

A vrai dire, le seul homme qui ait vu la mort et en soit revenu est le Christ Jésus. Les Apôtres, quant à eux, ont vu Jésus dans la chair, mis à mort et ressuscité : de cela ils sont essentiellement témoins. Les "prophètes" qui viennent après eux, c’est-à-dire ceux qui leur succèdent dans la charge de l’annonce de la parole de Dieu, assoient leur foi sur celle des Apôtres : ils ont vu les hommes qui ont vu le Christ. Et la chaîne se poursuit ainsi, à travers la "tradition apostolique", jusqu’aux évêques, aux prêtres et aux diacres d’aujourd’hui.

Mais le charisme ne s’affaiblit-il pas à mesure que les intermédiaires se multiplient, en sorte qu’on pourrait se moquer un peu des prêtres ordonnés hier qui viennent bien tard après l’homme et les événements dont ils sont constitués témoins pour aujourd’hui ?

D’ailleurs, l’évangile d’aujourd’hui semble à première vue aller dans ce sens : tandis qu’au début, pour les Douze, Jésus parle de porter sa croix comme lui, à la fin, pour les "simples disciples", il n’est plus question que de donner un verre d’eau fraîche. On passe d’une exigence extrême, voire excessive, à une banalité qu’on pourrait estimer dérisoire.

En réalité, il ne s’agit pas pour les disciples, ici, de donner un verre d’eau fraîche, mais de le recevoir. Là se trouve l’égalité de tous les membres de la chaîne de la foi : Dieu lui-même est à accueillir, pour le plus grand comme pour le plus petit.

Au moment de la grande dispersion de l’été vous vous demandez peut-être, comme beaucoup de chrétiens, de quelle manière vous devez être témoins de Jésus Christ sur vos chemins de vacances. A cette question, le Seigneur lui-même vous répond de la façon la plus claire : que chacun accueille pleinement le don qui lui est fait et qu’il demeure fidèle à ce don.

Ceux qui sont ordonnés prêtres accueillent vraiment le don de Dieu en accomplissant fidèlement le ministère de "prophète", c’est-à-dire de serviteur de la parole de Dieu, qui leur est confié. Chaque chrétien accomplit sa vocation de baptisé en se laissant faire "homme juste", c’est-à-dire en se laissant sanctifier par la grâce de Dieu.

Inutile donc, pour quiconque de chercher à se donner de l’importance ou à se rendre intéressant en racontant plus qu’il ne lui est demandé ou en invoquant force manifestations et expériences. Chacun en tenant exactement sa place remplit pleinement sa charge et reçoit la même récompense, à savoir Dieu lui-même. Car c’est le même Esprit qui agit en celui qui parle et en celui qui écoute, en celui qui commande et en celui qui exécute, s’il s’agit de la Parole de Dieu.

Bien plus, tout homme qui reconnaît la grâce qui nous est faite, fût-ce simplement en donnant un verre d’eau fraîche au dernier des chrétiens en sa qualité de chrétien, reçoit le même Seigneur que le prince des Apôtres en sa confession de foi.

Mais, pour que le monde croie, il faut qu’il voie l’Eglise comme elle doit être, c’est-à-dire comme l’assemblée des disciples unis par la charité de Dieu, comme ce corps où tous ne font qu’un dans l’unité de la foi. Soyons ensemble un seul témoin du Christ qui a traversé les ténèbres de la mort pour que nous soyons consacrés dans la lumière et la vérité de sa vie ressuscitée.

Alors le monde verra le salut de Dieu.