15 avril 1995 - Nuit de Pâques

Mais comment les tout-petits viennent-ils au monde ?

(Gen 1,1-2,2) ; Gen 22,1-13.15-18 ; Ex 14,15 à 15,1 ; Ez 36,16-28 Romains 6,3-11 ; Luc 24,1-12
1996.
 

Mais comment les tout-petits viennent-ils au monde ?

Comment cela arrive-t-il donc ? Ce que nous savons tous, c’est qu’ils sont longuement préparés dans le secret, et puis un jour ils viennent tout d’un coup - enfin, à peu près. Et cet événement se produit à la suite d’une conjonction de déclencheurs que la science moderne, malgré ses succès, est loin d’avoir élucidée entièrement. Nous savons aussi que ces tout-petits sont un profond mystère, issu lui-même de la conjonction de deux grands mystères.

Cela ne vous étonne-t-il pas que l’évangile de cette nuit pascale s’arrête sans qu’aucune confession de foi ait été prononcée par les hommes ? Pourtant, nous avons des raisons de penser que les femmes qui sont allées au tombeau ont commencé à concevoir la foi : à la parole des anges, elles se sont rappelé les paroles de Jésus.

En somme, elles commencent à concevoir la foi pascale à partir de deux incompréhensions. D’une part elles ne savent que penser devant la pierre roulée et le tombeau vide. Mais d’autre part, ces paroles que Jésus avait dites : "Il faut que le Fils de l’homme soit livré aux mains des pécheurs, qu’il soit crucifié et que, le troisième jour, il ressuscite" les disciples ne les avaient alors pas comprises. Ainsi, le jour de Pâques, c’est du choc de deux obscurités que naît la lumière de la foi.

C’est ainsi que nous venons au jour. Il n’est de naissance que dans un jaillissement né d’une

obscurité redoublée. C’est ainsi que Dieu crée le monde à partir des ténèbres et de l’abîme, comme le proclame la première lecture de cette vigile, au livre de la Genèse. Il en est de même pour la naissance à la vie divine qu’est le baptême : l’homme qui refuse de reconnaître son aveuglement ne peut avoir part à l’illumination de la foi.

Certes, cette réflexion est loin de la mentalité de l’homme moderne, l’homme qui se dit "des Lumières", et qui pense savoir déjà presque tout, même quand il s’interroge. Au vrai, Nicodème, docteur en Israël, était déjà ainsi. Mais Jésus lui dit : "Il faut renaître d’en haut." Il ne s’agit pas d’en savoir un peu plus, mais d’entrer en conscience dans la nuit de notre ignorance et de notre égarement pour en naître radicalement à la lumière de Dieu.

C’est toujours ainsi que naît la foi de Pâques, toujours neuve, au long de notre vie de disciples. Pour connaître le bonheur de l’intelligence de la foi, il nous faut accepter de descendre dans nos incompréhensions : incompréhension du monde et des événements, incompréhension de la Vie et de la Parole de Dieu. Le baptême est initiation à ce mystère joyeux connu des tout-petits, que le disciple vit chaque jour à nouveau.

Le baptême est le premier jaillissement qui doit nous donner le goût de tous ces jaillissements qui jalonneront notre vie, jusqu’au dernier Jour, lorsqu’ensemble nous serons enfin tout à fait mis au Monde de Dieu pour toujours.