Dimanche 1er août 1999 - Dix-huitième Dimanche

Le premier jour, chaque dragon mange un monstre.

Isaïe 55,1-3 - Psaume 144 - Romains 8,35.37-39 - Matthieu14,13-21
dimanche 1er août 1999.
 

Le premier jour, chaque dragon mange un monstre. Le deuxième jour, chaque vampire saigne un dragon. Le troisième jour, chaque monstre avale un vampire. Le quatrième jour, tout le monde digère. Et puis cela recommence.

Telle est le début de l’énigme proposée cette semaine par le journal "Le Monde" à ses lecteurs. La question est : sachant qu’un ultime premier jour les deux derniers dragons mangent les deux derniers monstres, calculer le nombre d’individus de chaque espèce six périodes auparavant.

Je n’aurais pas pris la peine de résoudre le problème si je n’avais rapproché son énoncé d’une information trouvée dans le journal "La Croix", selon laquelle un historien américain sérieux aurait écrit récemment que l’Eglise a presque disparu en France.

Le propos de cet universitaire n’est pas à prendre comme parole d’Evangile, mais il mérite réflexion. En résolvant l’énigme du Monde, on s’aperçoit qu’une population de quelque 3500 individus, toutes espèces confondues, se réduit en six semaines en tout et pour tout à deux dragons, qui ne tarderont d’ailleurs pas à mourir de faim puisqu’il n’ont plus le moindre monstre à se mettre sous la dent. Notre Eglise en France n’aurait-elle pas un problème de dépopulation de ce genre ?

Les dragons sont ceux qui mettent toutes leur énergie à juger, à condamner et à combattre une autre espèce de chrétiens qu’ils exècrent. Les vampires apprécient telle ou telle ressource de l’Eglise quand ils en éprouvent le besoin ou l’envie, ils exigent une disponibilité permanente et totale des locaux et des personnels, mais, pour le reste, ils n’en ont cure. Quant aux monstres, ce sont ceux qui s’emparent d’éléments du patrimoine ecclésial pour les accommoder à leur manière et en faire leur affaire, quitte à les déformer et à altérer l’Evangile.

Les maîtres mots de tels comportements sont orgueil, égoïsme et paresse. Bien entendu, des chrétiens qui s’enfermeraient dans ces dispositions ne pourraient que se détruire mutuellement jusqu’à l’extinction de la communauté. Car les principes de l’attitude des disciples, dans l’évangile de la multiplication d’aujourd’hui, sont directement à l’opposé.

Ils se tournent vers Jésus : en lui ils ont confiance, et non en eux-mêmes, à lui ils s’en remettent, et non à leur propre jugement. S’ils se sont mis en mouvement, ce n’est pas pour leur propre compte, mais à cause de la foule, celle que Jésus a prise en pitié et dont ils voient qu’elle va manquer de pain. Enfin, ils n’attendent pas que le Seigneur ait agi afin de pouvoir s’emparer des fruits, ils lui apportent aussitôt ce qu’ils ont, si peu que ce soit, et ils se mettent à sa disposition pour accomplir ce qu’il lui plaira de leur commander.

Croyez-vous qu’aujourd’hui le Christ ne soit pas aussi vivant et aussi neuf qu’au jour de sa résurrection, aussi puissant que lorsqu’il s’est assis à la droite du Très-Haut ? Pensez-vous que les foules d’aujourd’hui ne valent pas celles d’hier dont le Seigneur eut pitié ? Ce que nous avons n’est-il pas aussi peu de choses, et ce que nous sommes aussi peu brillant que ce fut le cas pour les disciples en ce temps-là ?

Alors, rejetons tout orgueil pour entrer humblement dans l’obéissance de la foi, portons sur les foules d’aujourd’hui, qui ont tant besoin d’être guéries et nourries d’En Haut, un regard généreux, offrons-nous nous-mêmes avec courage à l’action de l’Esprit Saint qui fera de nous de véritables coopérateurs du bon berger des brebis du Père, et l’Eglise resplendira encore, elle surabondera en oeuvres bonnes, pour le salut du monde et la gloire du Créateur, aujourd’hui comme au premier jour.