Dimanche 8 août 1999 - Dix-neuvième Dimanche

Qu’est-ce qui porte le bateau ?

1 Rois 19,9a.11-13a - Psaume 84 - Romains 9,1-5 - Matthieu 14, 22-23
dimanche 8 août 1999.
 

Qu’est-ce qui porte le bateau ?

Quand le temps est gros, que la tempête fait rage, les membres d’équipage se répartissent en général en trois catégories : ceux qui sont anéantis, complètement hors service, ceux qui font des efforts, un petit quelque chose plutôt que rien, et ceux qui accomplissent leur service et celui des autres. Mais je n’en ai jamais vu passer par-dessus bord pour marcher sur la mer et calmer le vent et les flots. Tandis que, dans l’Eglise, seuls ceux qui marchent sur l’eau, comme Pierre à la suite de Jésus, portent vraiment la barque.

Jésus marche sur la mer comme il domine absolument toute force du mal parce qu’il est saint. Donc il est Dieu, puisque Dieu seul est saint. Pierre marche aussi sur la mer parce que le Fils de Dieu lui donne part à la sainteté par le moyen de la foi. C’est pourquoi Pierre est le champion de la foi.

Et justement Pierre trébuche en son excellence : "Homme de peu de foi", lui dit le Seigneur. C’est alors que se révèle le meilleur de l’excellence de Pierre, qui n’est pas de lui, mais de Dieu même : appelant le Christ au secours dans sa misère, il est exaucé aussitôt, en sorte que sa force, qui est celle de Dieu, se révèle dans sa faiblesse, qui est vraiment sienne.

Toute sainteté des membres de l’Eglise est comme celle de Pierre : une perfection vraiment divine, que Dieu seul peut accorder toujours à nouveau, avec le pardon des trahisons, des démissions et des chutes. Si vous avez quelque véritable excellence de cette sorte, quand vous défaillez, ne cherchez pas à vous en excuser, ne vous désespérez pas non plus, invoquez seulement le Seigneur riche en miséricorde.

La grâce du pardon au lieu de nos manquements est le signe qui porte le sens de toutes nos vertus et bonnes oeuvres. De même, le point de silence que nous laissons entre deux stiques d’un même choeur dans le chant du psaume signifie la présence de Dieu qui seule donne sens et valeur à notre prière.

Vous avez entendu, dans la première lecture, qu’Elie a perçu Dieu dans le murmure d’une brise légère. Littéralement, en hébreu, il s’agit de "la voix d’un silence subtil". Dans le silence délicat de la prière de l’Eglise, la voix du Seigneur s’adresse, ineffable, au coeur des fidèles, et l’Esprit accomplit toute sanctification.

Ce qui porte le monde en dépit de la mort, et l’Eglise au-dessus de l’abîme, jusqu’au jour du Fils où tout mal sera détruit, c’est ce silence de Dieu.