Jeudi 5 mai 2005 - L’Ascension du Seigneur

Il est temps de réfléchir aux conséquences d’un vote.

Actes 1,1-11 - Psaume 46 - Éphésiens 1,17-23 - Matthieu 28,16-20
jeudi 5 mai 2005.
 

Il est temps de réfléchir aux conséquences d’un vote.

Elles sont de deux ordres : directes et indirectes. D’abord, selon le résultat, la situation générale ne sera pas la même. Mais, plus particulièrement, les effets se feront sentir pour les hommes au pouvoir, pour leur carrière et pour leurs conditions de vie. Il serait fâcheux que la considération des effets attendus sur les personnages l’emporte sur celle du bien commun qui par-dessus tout est en cause.

Vous avez deviné à quel événement je fais allusion : il s’agit de l’élection de Benoît XVI, bien sûr. Bon, vous pensiez sans doute à une autre échéance, plus hexagonale, et vous n’aviez pas tort non plus. En fait, dans l’Église comme dans la société civile, certains accèdent à de hautes responsabilités, et cela ne va pas sans “politique” : il y entre des calculs, des brigues, des manœuvres, des carrières et des ambitions. Est-ce pour autant pareil ? Ceux qui partent de ce principe, on le voit bien, n’y comprennent pas grand-chose. Mais il ne faudrait pas se hâter de prétendre que cela n’a rien à voir.

Il y a certes du pouvoir dans l’Église, et même bien plus que nulle part ailleurs. Vous avez entendu Jésus déclarer dans l’évangile : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. » Et dans la lettre aux Éphésiens, l’Apôtre parle de la puissance infinie, de la force, du pouvoir, de la vigueur mis en œuvre dans le Christ. Or, dit-il aussi, “l’Église est l’accomplissement total du Christ”.

La tête de l’Église, c’est cet homme qui a pris la place du dernier des serviteurs et qui est mort sur la croix comme le dernier des derniers. C’est lui qui monte aujourd’hui au plus haut des cieux, en sorte que son humanité est élevée par Dieu à sa propre hauteur : cette gloire dépasse infiniment toute gloire du monde, bien sûr ! Voilà qui doit relativiser les prestiges du pouvoir quel qu’il soit.

Ainsi, quand un disciple du Christ reçoit une haute charge, que doit-il se dire, sinon, par exemple : « Messieurs les cardinaux m’ont choisi pour être un humble ouvrier dans la vigne du Seigneur. » Vous avez reconnu les premiers mots de Benoît XVI après son élection. Jusqu’à quel point son cœur est-il en adéquation avec cette déclaration, nous laisserons la question à son confesseur. En tout cas, c’est la foi de l’Église qu’il a ainsi exprimée, et nous pouvons penser qu’il y croit !

En fait, cette humilité magnifique n’est pas réservée au plus haut serviteur de l’Église : chacun doit consentir profondément à ce qu’il est dans le corps et pour le corps, sans s’attacher aux avantages humains associés à sa position, mais en ne tenant rien pour précieux sinon la gloire même du Christ à laquelle il est donné part à tous.

Et tous comptent aux yeux de Dieu, même le dernier de ceux qui n’ont aucune fonction particulière, et même le dernier des derniers, en qui il voit l’image de son Fils en sa passion. Et les méprisés de ce monde ont en lui une grande espérance, car « de la poussière il relève le faible, il retire le pauvre de la cendre pour qu’il siège parmi les princes et reçoive un trône de gloire. »

Tous comptent pour Dieu, même ceux qui ne le connaissent pas parce qu’ils n’ont pas été baptisés dans la mort du Seigneur et dans la foi de l’Église ; surtout eux, oserai-je dire, puisque c’est à eux que l’Église est envoyée annoncer le salut. C’est pourquoi les chrétiens ne doivent pas succomber à la tentation du grand mépris pour les affaires de ce monde et pour ceux qui en ont la charge. Bien au contraire, ils doivent prier pour les responsables et s’engager avec courage et vertu dans tous les champs de l’espace public, y compris bien sûr la politique. C’est votre affaire, frères, plus que la mienne, même si je ne me priverai pas de voter. Mais, ensemble, nous devons montrer le visage de la meilleure humanité, car tel est aussi le poste très beau qui nous est confié. C’est ainsi que nous pourrons rendre compte aux hommes de notre foi et de notre espérance quand ils nous le demanderont, et c’est de cette manière que le Père les attirera à son Fils comme il l’a fait pour nous.

Telle est en effet la conséquence de l’élection du Fils bien-aimé, le Serviteur que Dieu a choisi et en qui il a mis toute sa bienveillance. Il nous faut y réfléchir, frères, en ce temps qui court de l’Ascension à la Pentecôte, en demandant au Seigneur un esprit de sagesse pour le découvrir et le connaître vraiment.

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