Dimanche 8 mai 2005 - Septième dimanche de Pâques

Proposition commerciale et document contractuel.

Actes 1,12-14 - Psaume 26 - 1 Pierre 4,13-16 - Jean 17,1-11
dimanche 8 mai 2005.
 

Proposition commerciale et document contractuel.

Autrement dit, publicité mensongère et véritable arnaque légale ? Pas forcément.

Si la maîtresse de maison vous sert un plat à l’aspect des plus appétissants, est-ce sûrement qu’il est indigeste et écoeurant ? Si les explications qu’on vous donne pour venir en voiture jusqu’à un pavillon reculé sont un peu longues et compliquées, est-ce fatalement pour que vous vous perdiez en route ? Il faut qu’un contrat soit précis et détaillé. Et une proposition se doit d’être attirante, sinon, pourquoi la faire ?

Quand Jésus prie les yeux levés au ciel vers son Père au cours du dernier repas avant sa Passion, il doit donner envie à ses disciples qui le regardent : il parle de la vie éternelle, c’est-à-dire de l’aspiration essentielle qui réside au cœur de tout vivant.

Lorsque Jean-Paul II, en 1985, rencontra 80 000 jeunes musulmans à Casablanca, il leur dit que, pour les chrétiens, Jésus était celui qui les faisait entrer dans la connaissance intime du mystère de Dieu et dans une communion filiale à ses dons. Il savait faire vibrer en eux le désir le plus profond de ces jeunes croyants. Mais il n’a pas évoqué la nécessité de la foi au Christ mort et ressuscité pour recevoir ce salut. Pourquoi ? Parce qu’il n’était pas besoin que le pape nomme la croix pour qu’elle soit présente à l’esprit de ces jeunes Marocains venus le rencontrer, et qui baignaient encore dans la culture des anciens colons français pétrie de catholicisme.

Bien sûr, ce mystère était pour eux scandale et folie, comme il l’est pour tout homme, aujourd’hui comme hier. La Bible est appelée Ancien et Nouveau Testament : il s’agit du “contrat” d’Alliance que Dieu a passé avec son peuple, en vue de l’ouvrir à toute l’humanité. C’est par pure grâce qu’il l’a octroyé, dans sa souveraine liberté, à ceux qu’il avait choisis par amour. Il n’y avait là ni piège ni mensonge, mais seulement le chemin unique de notre salut. Et le Messie a souffert et s’est offert “selon les Écritures”, car Dieu est fidèle à ses promesses.

À la veille de sa Pâque, Jésus manifeste assez de confiance en ses disciples pour déclarer qu’ils ont reçu ses paroles jusqu’à croire et reconnaître qu’il venait du Père. En même temps, c’est justement pour eux qu’il prie, car il sait qu’ils tomberont tous devant le scandale de la croix, et que, relevés, ils seront constamment attaqués par le Mauvais au cours de leur action apostolique.

L’attachement des Apôtres au Seigneur est réel, même si leur foi n’est encore pas parfaite : elle ne le sera qu’après Pâques, grâce au don de l’Esprit Saint qui en est le fruit. Mais déjà ils goûtent à la vie éternelle, puisqu’elle consiste en la connaissance du Père et du Fils, et qu’ils connaissent Jésus. La vie éternelle, voilà la “proposition commerciale” de Jésus.

Commerce vient du latin “merx”, qui signifie denrée, marchandise, avec le préfixe “cum”, qui indique la mise en commun. Or, on peut rapprocher ce mot de la racine indo-européenne “marg”, désirer. Ce sont en effet les biens désirables que l’on peut envisager d’échanger et de partager, comme la nourriture et tout ce qui sert à la vie. Et c’est bien le partage des bonnes choses qui crée l’unité d’une société humaine, depuis la simple famille jusqu’au continent entier, en passant par le village, la ville et le pays. Cette unité s’appelle aussi, prospérité, paix, sécurité et liberté.

Le bien suprême que le Christ nous invite à accueillir, la vie éternelle, ne supprime pas les autres biens, au contraire, elle les sauve en leur donnant un sens par-delà leur inévitable dégradation et disparition. Telle est la récompense de son sacrifice et l’espérance que nous donne sa Résurrection.

L’offre de Dieu à tout homme en Jésus Christ est la Vie, la vraie avec un grand V, celle à laquelle tous aspirent du plus profond d’eux-mêmes. Et pour tous le chemin unique est celui de la croix du Fils, le renoncement total à soi-même. Voilà le contrat. Ce chemin peut être compliqué et rebutant, et même terriblement long de souffrances et d’angoisses. Mais c’est le seul chemin qui soit pure droiture et vérité.

En ces jours avant la Pentecôte, prions pour obtenir la sagesse et le discernement en toutes choses, et déjà pour les réalités de ce monde qui passe.

Mais demandons par-dessus tout d’accepter l’offre de Jésus qui nous fait entrer ensemble dans l’intimité du mystère de Dieu en nous donnant part à l’Esprit Saint, ce don de Dieu qui surpasse tout désir, puisqu’il est Dieu lui-même. Ainsi nous serons vraiment chrétiens, frères en Jésus dans une communion filiale aux dons de son Père, selon la promesse que lui-même nous a faite et qu’il a gagée pour toujours par son propre sang.

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