Dimanche 22 mai 2005 - La Sainte Trinité

Que va dire la France ?

Exode 34,4-6.8-9 - Cantique Daniel 3 - 2 Corinthiens 13,11-13 - Jean 3,16-18
dimanche 22 mai 2005.
 

Que va dire la France ?

La France peut donc parler ? Étonnant, non ? Il paraît que les Français sont particulièrement portés à personnifier ainsi leur pays. Ils lui donnent aussi des surnoms : l’Hexagone, souvent pour indiquer la tentation de ne pas voir plus loin que le bout de chez soi, la Patrie des droits de l’homme, la fille aînée de l’Église, la France éternelle...

Chaque nom dit l’unité du sujet et son identité d’après une certaine idée de sa nature. Selon sa sensibilité politique ou sociale, on emploiera plus volontiers celui-ci ou celui-là. Mais les uns et les autres manifestent ainsi un grand attachement affectif à leur nation française.

Et que va dire Dieu ? Car Dieu peut parler.

Dieu est un nom commun. C’est un mot qui correspond à une idée commune à tous les hommes. Comme dit saint Justin, « le mot Dieu n’est pas un nom, mais une approximation naturelle à l’homme pour désigner une chose inexplicable. » D’ailleurs, "dieu" vient de la racine indo-européenne "dei" qui veut dire "briller", et d’où dérivent les mots qui signifient la clarté d’En haut (deiwo) et la lumière terrestre (dyeu), et par suite la plupart des "noms" de Dieu inventés par les hommes, comme Zeus ou Jupiter.

Dans sa Révélation à Israël, Dieu utilise ce nom commun tout en s’attribuant ce qui peut sembler un nom propre, d’où la formule : « Yahvé, Dieu tendre et miséricordieux... » Mais, surtout, il se fait connaître comme celui qui s’attache à Abraham, puis à sa descendance, dans une Alliance irrévocable. Tous au long de son histoire, le peuple de Dieu fait l’expérience de sa présence à ses côtés, d’un "Dieu avec nous" (Emmanuel), et même de sa présence intérieure à ceux qu’il a choisis, d’un "Dieu en nous", l’Esprit de Dieu.

C’est pourquoi les disciples de Jésus, instruits par la première Alliance et remplis de l’Esprit de Pentecôte, pourront comprendre que Jésus n’est autre que le Verbe éternel, le propre Fils de Dieu, et que l’Esprit Saint est une troisième personne divine, de même nature que le Père et le Fils. Plus tard, au fil de sa réflexion et de sa méditation, l’Église forgera le mot de "Trinité" pour dire cette Unité des Trois en un seul Dieu éternel et tout-puissant, celui qui s’est révélé à nos pères, le Créateur de toutes choses et le Sauveur du monde.

En somme, le mot "Trinité" est d’abord un "chiffre", une formule synthétique pour dire et rappeler en un mot la foi de l’Église. Et il doit rester cela pour nous tous, frères, afin que jamais nous ne nous laissions entraîner à des spéculations sur Jésus ou sur l’Esprit qui nous détournent de la saine doctrine des Apôtres en-dehors de laquelle il n’y a pas de foi qui sauve.

Mais, en outre, ce mot peut devenir un nom que l’on donne à Dieu, pour le charger précisément de toute la foi catholique qui fonde notre espérance et nous établit dans la communion fraternelle des fils de Dieu unis par la charité active. Ainsi, l’Église compte parmi ses saints de nombreux penseurs ou mystiques qui ont su mettre ce nom en relief, comme en particulier sainte Élisabeth de la Trinité.

Alors, laissons-nous instruire avec confiance et docilité par toute la tradition de la Révélation divine, depuis les commencements de l’Alliance avec notre père Abraham jusqu’aux jours où nous sommes, et où l’Esprit continue à agir avec puissance pour faire toutes choses nouvelles : du début à la fin, Dieu se révèle à nous comme celui qui a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils pour que le monde soit sauvé.

Et l’œuvre du salut progresse lorsque les hommes choisissent les voies d’un rapprochement généreux des peuples et des nations, afin que, tous partageant de plus en plus les biens de la terre, les hommes éprouvent de mieux en mieux l’unité du genre humain dont Dieu veut faire une seule famille unie dans l’amour mutuel : sa propre famille.

Car c’est Amour que veut dire la Sainte Trinité.

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