Dimanche 12 juin 2005 - Onzième dimanche

Mes chers concitoyens, la situation n’est pas brillante.

Exode 19,2-6 - Psaume 99 - Romains 5,6-11 - Matthieu 9,36-10,8
dimanche 12 juin 2005.
 

Mes chers concitoyens, la situation n’est pas brillante.

“Concitoyens” ? Cette étrange appellation vaguement désuète évoque les discours mirobolants du maire de Champignac. Prise au sérieux, elle suppose une “cité”, c’est-à-dire un groupe stable d’hommes unis par une véritable communauté d’intérêts et de sacrifices, une vraie solidarité dans les droits et les devoirs. En grec, “cité” se dit “polis”, d’où le mot “politique”, qui nous fait penser tout de suite à ces candidats professionnels dont le propos est sans surprise : « Si vous votez pour moi, cela ira bien pour vous. »

La pire situation politique, c’est un peuple divisé et démoralisé. C’est pourquoi, quand il voit les brebis d’Israël fatiguées et abattues comme si elles étaient sans berger, Jésus accomplit bien un acte résolument politique en instituant les Douze Apôtres. Il restaure Israël, ce peuple dont le nom n’est autre que celui donné par Dieu à Jacob, le père des douze patriarches des douze tribus d’Israël, ce peuple que Dieu s’est choisi entre tous.

En agissant ainsi, Jésus prend plus que la place de Jacob : il assume celle de Dieu lui-même, le seul véritable Roi et chef de son peuple Israël. Le temps final, eschatologique, est donc arrivé, celui de l’accomplissement des promesses divines proférées par la bouche des prophètes, et les signes en sont donnés : guérisons, exorcismes et résurrections !

Le programme politique de Jésus est simple et clair : prendre la tête de son peuple et le rassembler dans l’unité et la justice par le ministère des Apôtres, en sorte qu’il soit comblé de toutes les bénédictions divines, paix, bonheur et prospérité. C’est pourquoi il leur commande d’aller non pas vers les païens, ni dans la cité des Samaritains, mais bien vers les brebis perdues de la maison d’Israël.

Ce programme a-t-il réussi ? À l’évidence non. Nous ne voyons nulle part dans la suite de l’évangile selon saint Matthieu les Apôtres mettre en œuvre les instructions qu’ils viennent de recevoir, et nous savons qu’ils seront incapables de suivre fidèlement leur maître jusqu’à la croix. Et Jésus lui-même restera seul à accomplir les signes du Royaume sans pour autant entrer dans sa royauté : immédiatement après l’accueil aussi fugace que triomphal de son entrée à Jérusalem au jour des Rameaux, il sera arrêté, condamné et mis à mort sur la croix : “celui-ci est le roi des Juifs !”

Auparavant, il aura pleuré sur la ville : « Jérusalem, Jérusalem combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins, mais vous n’avez pas voulu ! » Ce n’est pas de la faute du Dieu fidèle si l’Alliance n’a pas réussi, c’est à cause du refus de son peuple infidèle.

Mais l’histoire ne se termine pas là. Ressuscité, le Seigneur enverra les Apôtres, remplis de l’Esprit Saint, à toutes les nations. Est-ce à dire qu’il a renoncé à rassembler Israël ? Certes non : les promesses de Dieu sont sans repentance. Mais désormais, le rassemblement d’Israël se fera en même temps que celui de toute l’humanité. Et c’est ce qui est en cours, encore de nos jours, jusqu’à la venue du Seigneur en sa gloire. Ces temps qui sont les nôtres sont les derniers, ils sont ceux de la fin du monde.

L’ancienne Alliance est morte. Mais elle est ressuscitée. La nouvelle Alliance, qui est éternelle, comporte en elle le projet de l’ancienne, jusqu’à son accomplissement. Les Apôtres de la bonne nouvelle pour Israël sont donnés en même temps à toutes les nations, et Jérusalem, la ville sainte de David, est déjà assumée dans la gloire : la libre Jérusalem d’en haut qui est notre mère est l’assomption de celle d’ici-bas, la cité des saints dont nous sommes faits concitoyens par notre baptême. Elle est cette ville située sur une montagne qui ne peut rester cachée aux yeux des hommes, et dont la lumière brille sur le monde.

Il n’est donc pas temps de nous lamenter sur la situation de l’Église, mais nous devons plutôt accueillir résolument notre vocation baptismale en acceptant la communauté d’intérêts et de sacrifices des enfants de Dieu, en assumant la solidarité de droits et de devoirs des fils de l’Église. Alors notre lumière brillera aux yeux des hommes jusqu’à la venue du Fils de Dieu.

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