Dimanche 19 juin 2005 - Douzième dimanche

Nous faisons un métier dangereux.

Jérémie 20,10-13 - Psaume 68 - Romains 5,12-15 - Matthieu 10,26-33
dimanche 19 juin 2005.
 

Nous faisons un métier dangereux.

Transporteur de fonds, par exemple, est un métier dangereux. Tout ce qui a de la valeur suscite l’envie, la convoitise, et même l’agression. L’or, les joyaux, les billets de banque... Mais les moineaux, non. Transporteur de moineaux, ça ne risque pas grand-chose.

Deux moineaux pour un sou, dit l’évangile, autant dire presque rien. Du coup, valoir “plus que tous les moineaux du monde”, reste peu convaincant. En fait, la traduction liturgique en rajoute maladroitement. Le grec a simplement : « Vous valez plus que beaucoup de moineaux. » Le sourire apparaît bien mieux alors : cette parole est de celles qu’on peut dire tendrement à un enfant pour le rassurer.

On le prend dans ses bras, on le caresse, on lui murmure ce qui déborde du cœur comme ça vient : « Je suis là, ce ne sera pas long, tu vas être courageux, fais honneur à ton père... » Le passage de l’évangile de saint Matthieu dont nous avons entendu une partie est ainsi une suite apparemment sans ordre de paroles d’exhortation et de réconfort adressées par Jésus à ses Apôtres.

Les Apôtres ne sont pas des enfants. Mais les hommes dans l’épreuve ont les mêmes besoins d’affection et de présence. Malades, vieillards, condamnés, personnes exposées à des risques terribles, tous demandent cette même sollicitude qu’ils se rappellent avoir trouvée, enfants, chez leurs parents.

Or, les Apôtres seront exposés à toutes sortes d’épreuves et de périls mortels, car ils sont envoyés annoncer la bonne nouvelle du règne de Dieu. En somme, ils seront transporteurs de la foi, cette foi que l’Apôtre Pierre, dans sa première lettre, nous déclare bien plus précieuse que l’or. C’est pourquoi ils feront un métier dangereux.

J’ai dit “métier”. Parfois, je prétends que nous, prêtres, faisons le plus beau métier du monde. Il ne manque alors pas d’un bon paroissien pour se récrier gentiment : ce n’est pas un métier, mais un sacerdoce ! Or, non seulement l’un n’empêche pas l’autre, mais figurez-vous que le mot métier, à l’origine, désigne précisément l’office du prêtre ; ministerium, service, et mysterium, mystère, se mélangent dans le processus de sa formation à partir du latin. Le service du mystère, voilà bien en effet ce que signifie le sacerdoce ministériel.

Bon, me direz-vous, admettons que les Apôtres et leurs successeurs fassent le dangereux métier de transporteurs de la foi, cela reste leur problème, pas le nôtre. Vous croyez ? Mais la deuxième lettre de saint Pierre Apôtre s’adresse à ceux qui ont reçu la même foi que lui, une foi “de même prix” : il s’agit de nous tous ! Le succès du ministère apostolique, en effet, c’est le baptême chrétien qui donne la foi catholique. Tel est le baptême que vont recevoir Eva et Madeleine, tel est celui que nous avons reçu.

C’est donc à nous tous que s’adresse le terrible avertissement de l’évangile : « Celui qui me reniera devant les hommes, dit le Christ, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux. » La foi est un attachement personnel à la personne de Jésus, et malheur à qui trahira cet attachement !

Si vous connaissez un peu l’amour, vous savez qu’amour veut fidélité. Celui qui aime et est aimé doit craindre d’être infidèle. Que l’ami à l’ami, que le conjoint au conjoint inspire cette crainte salutaire d’être infidèle ! Là où cette crainte n’existe pas, c’est qu’il n’y a pas d’amour.

Ainsi, accepter le baptême, venir communier dans la célébration de l’Eucharistie, c’est accepter de devenir porteur de la foi, ce trésor incomparable, avec tous les dangers que cela implique. Tel est le sacerdoce royal de tous les baptisés, au service duquel est le sacerdoce ministériel des Apôtres et de leurs successeurs.

Faites bien attention avant de vous engager sur cette voie dangereuse des porteurs de la foi au Christ. Mais si vous l’acceptez de tout votre cœur, alors n’ayez pas peur, car vous serez toujours transportés d’amour.

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