Dimanche 23 mars 2003 - Troisième dimanche de Carême

Il faut que ça brûle !

Exode 20,1-17 - 1 Corinthiens 1,22-25 - Jean 2,13-25
dimanche 23 mars 2003.
 

Il faut que ça brûle !

Mais, attention à qui vous le dit !

Naguère on versait force alcool à 90° ou eau oxygénée sur la moindre plaie, et tant mieux si c’était à se tordre. Aujourd’hui, un antiseptique indolore fait bien mieux l’affaire. En revanche, pour apaiser les brûlures, l’habitude était d’appliquer de l’huile ou d’autres corps gras. On sait maintenant qu’il n’en faut surtout pas, que le mal ne fait qu’empirer !

Moralité, ce n’est pas parce que ça fait mal que ça fait du bien. Et ce n’est pas parce qu’on le sent bien que ça ne fait pas de mal.

Qu’était donc ce Temple de pierre dont parle l’évangile ? Dieu l’avait donné à son peuple Israël pour qu’il soit le lieu de leur rencontre. Dans son amour fou, il faut le dire, le Dieu trois fois saint voulait faire de ce peuple pécheur, qu’il s’était fiancé au désert, une épouse sainte. C’est pourquoi il avait prescrit les moyens de guérison et de purification de toute sorte que l’on pratiquait dans le Temple.

Le seul principe actif et efficace de cette médecine divine était Dieu lui-même, évidemment, et la prière dans laquelle il se donnait à son peuple. Les brebis et les bœufs, les colombes et les monnaies, ainsi que les personnes qui s’en occupaient devaient servir à la prière des fidèles, comme les fleurs et les bougies, les statues et les troncs, les images et les médailles, les offrandes et tout le personnel de notre maison, de notre église, doivent y servir maintenant.

Alors pourquoi Jésus les fouette-il dehors ? C’est qu’ils n’étaient plus des moyens de rencontrer Dieu, mais un écran pour le cacher et l’oublier.

Est-ce possible ? Bien sûr, regardez-le : un homme crucifié, couvert de blessures, de sang et d’injures, comment ne pas être tenté de le cacher et de s’en détourner, de lui préférer les mille choses charmantes dont nous usons pour le culte ?

Vous pensez peut-être : il mélange tout ! Au temps de Jésus, il n’y avait pas de crucifix dans le Temple ! Mais au temps de Jésus comme maintenant, et comme avant le Temple, Dieu est le même. Il n’a jamais changé. Il ne changera pas.

Il est celui qui s’est révélé à nos Pères, celui qui a parlé à Moïse sur la montagne, comme vous l’avez entendu dans la première lecture, au chapitre 20 du livre de l’Exode. Or, que se passe-t-il après le don du Décalogue ? Le peuple tombe dans le grand péché de l’adoration du veau d’or, Moïse brise les tables de la Loi et de l’Alliance, Dieu déclare qu’il ne marchera plus avec ce peuple à la nuque raide, ce peuple irrémédiablement pécheur, faute de quoi il l’exterminerait en un seul jour ! Mais Moïse l’implore, et Dieu dit : "Je marcherai avec vous." Puis il ordonne les nouvelles tables de pierre, semblables aux premières, précédées de la même déclaration que la première fois, avec toutefois un ajout très remarquable. Écoutez bien, c’est au chapitre 34 de l’Exode, et ce n’est que là dans la Bible. Il dit : "Je supporte la faute, le péché et la révolte."

Voilà qui est notre Dieu, l’Éternel et le Tout-Puissant, le Dieu trois fois saint de l’Univers, tel que le révèle parfaitement la croix de Jésus Christ. Car ce n’est qu’en prenant sur lui notre péché, avec la souffrance et la mort qui lui reviennent, que Dieu nous en libère.

Voilà pourquoi il nous est si dur de le regarder en face : alors notre péché nous brûle ! Mais il n’y a pas d’autre chemin de salut pour nous. Notre nécessaire communion aux souffrances du Christ, c’est au moins d’accepter d’endurer cette brûlure. Notre cœur a besoin d’une guérison profonde, parce qu’il est profondément atteint par le mal. Il ne s’agit pas seulement de nous améliorer en renonçant à tout ce qui nous souille ou nous encombre. Ces efforts-là sont nécessaire pour nous disposer à recevoir le don de Dieu, mais par eux-mêmes ils sont incapables de nous arracher au Mauvais. Seule la rencontre du Dieu saint, le contact avec lui dans la prière véritable, peut nous purifier et nous sauver. Est-ce trop dur ?

Certes, c’est trop dur. C’est impossible à l’homme. Mais rappelez-vous la Samaritaine. Vous savez que nous aurions pu prendre aujourd’hui, plutôt que les lectures de l’année B, celles de l’année A, en particulier l’évangile de la Samaritaine que nos amis catéchumènes ont étudié. Cette femme ne suit pas Jésus sans résistance dans le dialogue qui lui découvre ses fautes : quelle brûlure pour elle, que cette vérité sur sa vie ! Pourtant, elle le suit. Parce que celui qui lui parle est d’une infinie délicatesse avec elle, et parce qu’elle pressent en lui celui qui donne sa vie par amour pour elle.

Et déjà, dans la brûlure de la conversion, elle ressent la douceur du pardon, comme une eau vive qui rafraîchit et purifie, cette eau jaillie du côté droit du Temple, du corps du Christ en croix. Or, tandis que la brûlure n’est que pour un temps, pour un moment, la douceur durera éternellement. Quant au feu, un jour viendra où il n’aura plus rien à brûler. Mais ce feu d’une passion qui n’a reculé devant rien pour nous sauver du péché, c’est celui de l’Amour que rien n’éteindra.

C’est Jésus qui vous le dit, lui qui est venu l’allumer sur la terre : il faut aujourd’hui qu’il brûle en vos cœurs.