Dimanche 10 juillet 2005 - Quinzième dimanche

Ne vous fatiguez pas pour rien.

Isaïe 55,10-11 - Psaume 64 - Romains 8,18-23 - Matthieu 13,1-23
dimanche 10 juillet 2005.
 

Ne vous fatiguez pas pour rien.

Les arguments les plus recherchés et les raisonnements les plus travaillés sont parfois sans force contre l’évidence inébranlable. Il est des causes indéfendables et des positions intenables.

Par exemple, le semeur de notre parabole, on aura beau dire, sa technique est injustifiable : il n’y a pas de raison pour semer dans les ronces et sur les pierres, là où l’on sait que rien ne poussera de bon, rien qui rapporte. Pour ce qui est du rapport, en revanche, cent pour un est tout simplement fabuleux ; or, c’est le rendement annoncé à la fin de la parabole. Soixante et trente pour un sont énoncés ensuite comme pour dire que c’est le moins qu’on puisse espérer. Je ne suis pas spécialiste en agriculture, mais tous ceux qui s’y connaissent savent que même trente pour un est un chiffre énorme encore de nos jours, et inconcevable à l’époque de Jésus.

Non, il ne faut pas se fatiguer à rendre vraisemblable la parabole : d’abord c’est impossible, et en plus ça ne sert à rien au contraire. En effet, c’est de la parole de Dieu qu’il s’agit sous le signe de la semence. Et justement le sens de la parabole est que l’événement de la Parole échappe aux normes ordinaires. Elle est comme une semence que l’on jetterait aussi bien dans toutes sortes de terres, bonnes et mauvaises à la fois, et qui ne connaîtrait pas de sort médiocre ou modeste : ou bien elle produit intensément ?, ou bien elle ne produit rien.

En réalité, bien sûr, elle est constituée en elle-même pour produire immensément, elle en a le potentiel prodigieux. L’étonnant, si l’on considère d’abord le pouvoir de cette semence, c’est qu’il arrive qu’elle ne produise rien. Comment cela se peut-il ? C’est à cause du Mauvais qui veut l’en empêcher, à cause de nos cœurs de pierre qui refusent de se convertir, et à cause de tous nos attachements au monde qui reprennent le dessus sur les commencements du salut en nous. Et si le Fils de Dieu en personne n’était venu retourner notre terre par le sacrifice de sa Passion, il nous eût été impossible de vaincre notre résistance à sa parole de salut, de nous libérer du Mauvais.

C’est pourquoi l’étonnant, finalement, si l’on considère l’effrayant et mystérieux pouvoir de l’Ennemi de Dieu sur toute la création, c’est qu’il arrive pourtant que la Parole réalise en nous ses potentialités immenses. Ce doit être pour nous le sujet du plus grand émerveillement, car c’est le signe sûr de la victoire du Christ, la trace lumineuse de sa résurrection brillant au cœur de nos vies. Mais comment faire pour que cela arrive plutôt que l’inverse ? La parabole du semeur nous indique quels sont les efforts nécessaires, ceux qu’il est utile de déployer avec toujours plus d’énergie et de générosité.

D’abord il faut comprendre la Parole. Vous l’avez entendu, ce n’est pas facultatif : « Quand l’homme entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s’empare de ce qui est semé dans son cœur. » Comprendre demande toujours des efforts : efforts d’attention et d’écoute, efforts pour se mettre à l’école de l’Église, mère et maîtresse de science divine, efforts de tout son esprit de toute son intelligence pour assimiler et retenir les enseignements du seul bon Maître.

Ensuite, nous devons laisser cette parole de vie et de salut briser notre cœur de pierre. Concrètement, cela signifie que nous fassions l’effort de mettre notre vie en accord avec les enseignements reçus alors même que notre cœur n’est pas convaincu. Par exemple, si je continue à détester cordialement mon ennemi, je vais néanmoins me conduire envers lui comme si je l’aimais, à cause du commandement de Jésus Christ. Cet effort nous coûte infiniment avant que nous l’ayons fait ; mais aussitôt après le Seigneur le bénit et le récompense au-delà de toute espérance.

Mais tout cela ne produira encore rien de durable si nous refusons de faire les sacrifices nécessaires, en particulier le renoncement à ce qui, dans notre existence, empêche le développement des débuts de notre conversion. Par exemple, si je ne fais pas d’efforts de conciliation avec mon adversaire, si je me refuse à toute concession, ma bienveillance envers lui ne tiendra pas et je retomberai très vite dans la haine et les hostilités.

Allons, frères, la semence merveilleuse de la parole que nous avons entendue a le pouvoir, en plus, de nous faire devenir bonne terre pour la recevoir. Mais ce ne sera pas sans nous, et encore moins contre nous. Si nous ne coopérons pas avec la grâce et l’Esprit Saint, nous rendrons vaine la croix de Jésus, nous témoignerons contre lui qu’il s’est fatigué pour rien. Mais si nous travaillons généreusement à notre salut, nous serons récompensés surabondamment et la Parole grandira dans le monde à la gloire de Dieu le Père de notre Seigneur Jésus Christ.

Texte des lectures : Cliquez ici