Dimanche 7 août 2005 - Dix-neuvième dimanche

Que faites-vous après ?

1 Rois 19,9-13 - Psaume 84 - Romains 9,1-5 - Matthieu 14,22-33
dimanche 7 août 2005.
 

Que faites-vous après ?

Les meilleurs moments se signalent par le goût qu’ils donnent à la vie après. Gare aux vacances, aux fêtes et aux rencontres qui vous emballent sur le coup, mais vous laissent ensuite comme une chose abandonnée par la marée.

Et après la messe, qu’est-ce que vous faites ? Non, je ne cherche pas à pêcher une invitation chez l’un ou chez l’autre. Cela me rappelle une messe de jeunes le samedi soir où beaucoup venaient juste à la sortie dans l’espoir d’y cueillir un bon plan de soirée.

L’évangile d’aujourd’hui se situe aussitôt après la multiplication des pains : autant dire qu’il nous parle aussi de ce qui doit se passer après la messe. Or, Jésus force les disciples à monter dans la barque et à le précéder. La barque représente l’Église. Mais que signifie pour les disciples de précéder Jésus ?

Pour comprendre, il faut avancer dans le récit comme les disciples avancent sur la mer sur l’ordre du Seigneur sans trop savoir d’avance pourquoi il le faut. Que leur arrive-t-il ? Ils affrontent l’épreuve du vent contraire et des vagues qui les assaillent. L’allusion à la Passion est d’autant plus nette ici que la montée du Seigneur seul sur la montagne à l’écart précède son retour bouleversant comme une apparition pascale. De plus, Pierre s’élance dans la foi puis doute et doit être relevé, selon le même mouvement qui sera celui de son assurance suivie du reniement et enfin du pardon.

Au niveau de base du récit, les disciples précèdent donc Jésus en recevant un avant-goût de sa Passion toute proche. Mais il s’agit aussi de ce que sera la prédication apostolique, et même la vie de l’Église tout au long de son histoire après la Pentecôte. Il faudra suivre le Seigneur Jésus sur le chemin de la mission courageuse qui passe nécessairement par la croix, et cela jusqu’à son retour. Ainsi, en acceptant les épreuves toujours renouvelées et la gloire du martyr qui couronne l’apostolat fidèle, les chrétiens préparent la Parousie du Christ, ils le précèdent en ce monde jusqu’à sa venue dans la gloire.

Que devons-nous donc faire après la messe ? Sûrement pas nous contenter de garder un petit moment le goût de paradis de cette rencontre sacramentelle, et puis de passer à autre chose. Remarquez quand même que c’est déjà beaucoup si vous savourez la messe. Il n’est pas nécessaire de ressentir à chaque fois des émotions extraordinaires et des élans irrépressibles, mais ne jamais percevoir la messe comme un temps merveilleux de rencontre du Seigneur serait signe d’une préparation défectueuse.

Supposons donc que nous avons le bonheur d’aimer la messe. Alors, il faut laisser le Seigneur nous forcer à monter aussitôt dans la barque et à le précéder. C’est-à-dire que la suite de la journée et de la semaine doit nous voir sérieusement à l’œuvre dans l’Église, prêts à affronter toutes sortes de difficultés et de contradictions et prompts à espérer voir le Christ ressuscité nous tirer d’affaire quand et comme il le voudra.

Cela vaut dès le déjeuner dominical familial, si vous avez la chance de le pratiquer. Mais vous ne manquerez pas d’occasions, quels que soient votre genre et votre état de vie, de décider d’être fidèle à la grâce reçue dans l’Eucharistie plutôt que de l’oublier dans un coin jusqu’à la prochaine fois.

Rappelez-vous surtout en toute circonstance le chemin de Pierre, le prince des Apôtres : ce n’est pas son assurance décidée du premier mouvement qui l’a qualifié pour ce rôle exemplaire, mais le pardon reçu après l’expérience de la faiblesse et de la faute. Ce ne sont pas le feu, l’ouragan et le tremblement de terre des passions terrestres qui environnent la trajectoire du disciple de Jésus, mais le souffle léger de la miséricorde divine qui relève les pécheurs.

Aucun de nous n’est fidèle par nature, nous avons tous à accueillir humblement cette grâce et à la demander patiemment pour les autres, surtout ceux de nos frères qui sont éloignés de l’Église et du Seigneur.

Courage, frères, car après les épreuves de ses fidèles l’amour de Dieu fera toute justice et toute paix pour les siècles.