Dimanche 14 août 2005 - Vingtième dimanche

Ma grand-mère paternelle tapait à la porte des magasins en criant : « Ouvrez ! »

Isaïe 56,1.6-7 - Psaume 66 - Romains 11,13-15.29-32 - Matthieu 15,21-28
dimanche 14 août 2005.
 

Ma grand-mère paternelle tapait à la porte des magasins en criant : « Ouvrez ! »

Elle estimait qu’il était l’heure et n’aimait pas attendre. Les commerçants avaient beau protester que la montre de la dame avançait et qu’ils n’étaient pas prêts, il leur était difficile de résister longtemps à l’injonction.

De toute façon elle n’était pas venue tout casser, mais simplement obtenir ce dont elle avait besoin pour elle-même et sa famille.

La Cananéenne de notre évangile a terriblement besoin de guérison pour sa fille, c’est pourquoi elle la réclame à cor et à cris. Elle sait à qui la demander : voilà bien l’étonnant ! Comment cette étrangère ennemie d’Israël peut-elle s’adresser à un juif, en l’appelant “Seigneur, fils de David”, pour obtenir une grâce évidemment divine ?

Bien sûr, Naaman le Syrien guéri de sa lèpre par Élisée et la veuve de Sarepta dont le fils fut ressuscité par Élie sont des précédents célèbres. Mais il faut bien comprendre que ces grâces exceptionnelles accordées à des étrangers par la main des hommes de Dieu étaient avant tout un avertissement pour Israël : qu’il ne persévère pas dans sa conduite mauvaise, sinon il pourrait être déchu de ses privilèges au profit de ses ennemis !

Et c’est bien ce qui va arriver à la fin. Mais nous n’en sommes pas encore là quand Jésus prêche sur les chemins de Judée et de Galilée pour rassembler Israël dans la justice. Certes, il a déjà éprouvé les premiers mouvements de rejet de sa prédication, et même les signes qu’il a donnés, comme la multiplication des pains, restent mal compris. Mais il continue à espérer, il poursuit avec persévérance le projet annoncé par Dieu à son peuple : le convertir et le combler de ses bienfaits, puis combler toutes les nations par voie de conséquence.

Dans ce scénario, l’heure des païens ne peut sonner avant qu’Israël soit prêt. Si pourtant les païens frappent à la porte avec raison, c’est que leur heure est venue, et donc que celle de Jésus l’est aussi : son rejet par son peuple sera total, et la grâce inattendue de cette catastrophe ultime sera l’ouverture du salut immédiatement à tous, juifs et païens.

Cette heure-là, le Père seul la connaît, c’est pourquoi Jésus l’apprend par des signes comme celui de la foi de la Cananéeenne, cette foi que la chair ni le sang ne peuvent donner, mais seulement celui qui règne dans les cieux par la puissance de l’Esprit.

Quand Jésus répond finalement à la femme : « Que tout se fasse pour toi comme tu le veux », il faut mesurer ce que cela signifie pour lui. Ce n’est rien moins que l’acceptation filiale de la volonté du Père par le Fils, bien qu’il comprenne aussitôt que cela implique l’échec de sa prédication, la chute d’Israël, sa passion et sa croix. Car tel est le prix de la grâce obtenue par la Cananéenne, comme par nous tous.

Faut-il donc se réjouir ? Oui, car dans la résurrection du Christ l’heure est venue où Dieu offre sa miséricorde à tous les hommes qui en ont terriblement besoin. Mais cette heure est-elle vraiment la nôtre ? Pourquoi semble-t-il que nos Églises se vident des fidèles qui les fréquentaient et n’attirent plus les autres et ceux du dehors ?

Peut-être se sont-elles rabougries parfois comme ces magasins de villages disparaissants où quatre grand-mères habituées trouvent toujours ce qu’elles cherchent, mais qui ne sauraient offrir aux passants rien qui leur plaise. Ou bien se sont-elles gonflées d’importance comme ces espaces publics aménagés à grands frais pour devenir des lieux de rencontre mais qui restent déserts parce qu’ils sont devenus sans âme.

Il est inutile de chercher à repeindre le magasin, à le remplir de marchandises à la mode de Paris, à le déclarer ouvert 7 sur 7 et 24 sur 24 s’il ne s’y trouve celui à qui le Père attire tous les hommes.

Un seul est nécessaire : le Christ. Que nos Églises vivent et revivent de lui, qu’elles n’aient que lui à offrir en partage aux uns et aux autres, et l’on y verra bien ceux qui viennent le chercher où il se trouve, puisque c’est l’heure de sa grâce.

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