Dimanche 4 septembre 2005 - Vingt-troisième dimanche

Bon courage !

Ézékiel 33,7-9 - Psaume 94 - Romains 13,8-10 - Matthieu 18,15-20
dimanche 4 septembre 2005.
 

Bon courage !

Inutile que je dise pourquoi, je pense. Chacun n’a-t-il pas au moins une bonne raison de prendre pour lui-même cette exhortation ? D’ailleurs, on se quitte couramment, au téléphone ou à la ville, sur un « Bon courage ! » que n’imposaient pas vraiment les termes de la conversation. On le lance à tout hasard et à toutes fins utiles.

Mais il arrive que ce « Bon courage ! » vienne réellement en situation et qu’il signifie : il va vous en falloir, du courage, pour ce que vous envisagez de faire ! Il peut même se teinter d’ironie si l’on estime que l’entreprise est pratiquement irréalisable.

N’est-ce pas ce que nous serions tentés de dire à quelqu’un qui se disposerait à mettre en pratique la parole que nous avons entendue dans l’évangile d’aujourd’hui ? Tu veux aller voir le pécheur pour lui faire des remontrances ? Bon courage !

Déjà il faut oser : de quel droit se dresser en accusateur d’un autre ? En plus ça peut être risqué, parce que les brebis égarées ne sont pas forcément des moutons dociles. Alors, même si n’y mettons pas d’ironie, nous serons pour le moins dubitatifs devant un tel projet.

Comprenons d’abord bien de quoi il s’agit. La parole de Jésus suppose la situation de solidarité concrète d’un groupe dont un membre a commis une faute grave évidente pouvant entraîner de lourdes conséquences. Il se trouve que quelqu’un s’en est aperçu : s’il ne dit rien, il devient complice de fait. Et, de proche en proche, tout le corps peut basculer dans la même complicité forcée.

Le premier courage du témoin est d’aller voir le coupable seul à seul au lieu d’ameuter les foules. Il faut être fort pour cela. Mais surtout, il vaut mieux avoir un rapport ordinaire de confiance et d’amitié avec l’intéressé.

La deuxième étape implique qu’on ne se considère pas soi-même comme le seul juste au milieu des pécheurs, mais au contraire qu’on ait des relations totalement confiantes avec au moins un ou deux autres membres du groupe.

Le troisième pas n’est possible que si la communauté est assez unie et solide pour prendre cette décision avec fermeté, mais aussi avec toute la bienveillance possible envers le fautif. D’ailleurs, le considérer “comme un païen et un publicain”, c’est constater et lui faire constater qu’il refuse d’être disciple de la parole de Dieu. Ce n’est pas cesser de l’aimer, au contraire, puisque Jésus est venu pour pardonner aux pécheurs et ramener les égarés.

Qu’est-ce qui fait que nous nous sentions si éloignés d’une telle situation ? D’abord l’individualisme moderne : l’affaiblissement des structures communautaires et le renforcement de l’autonomie individuelle. Aujourd’hui, on peut rester seul beaucoup plus facilement qu’hier. Il faut donc du courage pour entrer dans des solidarités qui ne sont plus inévitables et pour accepter les obligations et les contraintes qui en découlent.

L’exemple typique de cette situation nouvelle est le mariage. Vos meilleurs amis peuvent vous dire : tu vas te marier ? Bon courage ! En réalité, ce lien conjugal plénier ne cesse pas d’être le désir très profond de tout cœur humain, c’est pourquoi le mariage résiste, si l’on peut dire.

Mais surtout, la cause de notre étonnement devant l’évangile d’aujourd’hui est la perte du sens de la solidarité ecclésiale. Ce problème ne date pas de la dernière génération : il y a longtemps que ceux qui étaient chrétiens ont imaginé de l’être individuellement. Quelle erreur ! Comment pouvons-nous avoir oublié qu’il n’y a pas de disciple du Christ en dehors de l’Église, c’est-à-dire sans une appartenance réelle, concrète à une communauté croyante et pratiquante ?

Voilà ce que signifie le baptême. Un baptisé qui n’est pas relié à une paroisse ou à une autre communauté est comme un joueur qui n’a pas d’équipe, ou comme quelqu’un qui voudrait être marié tout seul. C’est absurde ! Mais quand nous sommes deux ou trois, le Seigneur est là, au milieu de nous.

L’étrangeté et le malaise que nous ressentons devant la parole entendue aujourd’hui doit nous alerter : réagissons ! Il ne s’agit pas de se livrer immédiatement à des actes d’un héroïsme insensé, mais de faire des pas dans le sens de la solidarité ecclésiale entre nous. C’est le B-A BA de la vie chrétienne dans laquelle fait entrer le baptême. Et s’il demande plus de courage aujourd’hui qu’hier à cause de l’individualisme ambiant, il en est d’autant plus important pour nous-mêmes et pour tous les hommes à qui nous devons donner un exemple aussi éclairant qu’attirant.

Alors, Baptiste, Elena et vous tous mes frères, bon courage !

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