Dimanche 28 novembre 1999 - Premier dimanche de l’Avent

Veillez, je le veux !

Isaïe 63,16-17.19.64,2-7 - 1 Corinthiens 1,3-9 - Marc 13,33-37
dimanche 28 novembre 1999.
 

Veillez, je le veux !

Le ton de cette injonction est en contradiction avec sa teneur. En principe, on attendrait plutôt : "Dormez, je le veux !" En effet, l’hypnotiseur veut imposer sa volonté, c’est pourquoi il cherche à endormir la vôtre. Tandis que, de la part de celui qui dit "Veillez !", c’est tout le contraire : il vous veut libres et lucides.

Le fait que vous ne sachiez pas quand il viendra vous est un avantage, puisqu’il faut veiller à toutes les heures : ainsi vous serez libres et lucides à chaque veille de la nuit.

La veille commence lorsque, le soleil s’étant couché, l’obscurité se fait progressivement jusqu’à devenir totale : c’est le soir. Ensuite viennent la première moitié de la nuit noire, jusqu’à minuit, et la seconde, qui se termine au chant du coq. Alors, peu à peu, la lumière renaît jusqu’à ce que paraisse l’astre du jour : c’est le matin. Et chaque veille a sa tentation.

La tentation du soir est celle des plaisirs où l’on veut s’étourdir. Sa symétrique est celle du matin, pour les drogués de l’activité qui n’en font jamais assez. Ces deux-là sont comme les ailes de l’ange gris des crépuscules qui vous maintient la tête au bain de ce monde où l’esprit se noie.

Première tentation de la nuit noire, celle de se croire seul, aimé ni connu vraiment de personne, irrémédiablement coupé de tout autre dans le désespoir de l’incommunicabilité. Quant à la seconde, qui conduit au chant du coq, c’est l’amère passion fatale pour un autre, ou pour une autre, capable de tout pour capter son objet, jusqu’à se renverser, jusqu’à le détruire, jusqu’à tuer. Ainsi, d’une aile sombre ou de l’autre, l’ange noir de la nuit tente de vous réduire à rien.

Veillez donc. Chaque fois qu’aux ténèbres du monde un mauvais ange vient effleurer votre âme d’une aile vénéneuse, ouvrez les yeux sur le visage de celui qui viendra à sa fin, et qui déjà vous parle. Aussitôt se dissipera la torpeur maligne qui allait vous emporter comme un vent de crimes.

Ce visage s’interpose entre vous et toute chose que vous ne sauriez plus adorer comme ceux qui n’attendent personne. Sachez vous détendre avec grâce et ne pas travailler sans mesure, car il vient celui sans qui rien ne tient, tandis que le monde passe. Le visage du crucifié chasse l’ange des mauvais mélanges, afin que vous distinguiez l’ombre de la réalité et que s’établisse une juste distance en votre vie entre l’objet de votre agir et la fin véritable de tout désir.

Et pour que le lien de soi à l’autre ne tourne pas à votre aliénation, laissez apparaître celui qui a dit : "Je suis la porte." Une porte, en effet, met en communication deux espaces distincts. Comme il l’a promis, quand deux ou trois sont réunis en son nom, il est au milieu d’eux, le Ressuscité, afin d’être leur unité dans la distinction des personnes voulues par Dieu, qui aime chacun pour lui-même et tous également en son Fils unique.

Veillez ! Écoutez l’appel de celui dont la présence prépare à sa venue ceux que le Père a choisis pour qu’ils soient consacrés dans la lucidité et la liberté de l’Esprit-Saint. Alors vous serez son visage naissant et grandissant comme une flamme qui chasse les ténèbres du monde jusqu’à ce que paraisse le Jour.