Dimanche 5 décembre 1999 - Deuxième dimanche de l’Avent

Les diamants s’attirent irrésistiblement.

Isaïe 40,1-5.9-11 - 2 Pierre 3,8-14 - Marc 1,1-8
dimanche 5 décembre 1999.
 

Les diamants s’attirent irrésistiblement.

Pourquoi ai-je dit "diamants" ? On comprendrait mieux : les aimants s’attirent irrésistiblement. Ce phénomène est d’ailleurs toujours aussi fascinant. Dès qu’on les rapproche assez, ils se collent l’un à l’autre, si serrés qu’ils semblent ne plus faire qu’un. Mais quand on les écarte, ils deviennent vite pratiquement sans effet l’un sur l’autre.

Au fait, d’où vient le mot "aimant" ? On pense au verbe "aimer", n’est-ce pas ? D’ailleurs, les amoureux ardents en veine de confidences racontent volontiers comment, la première fois, ils se sont attirés irrésistiblement. Mais on en voit tant qui se sont ensuite si bien séparés que ce souvenir leur devient presque incroyable. Sans doute ils furent attirés. Mais ils s’étaient suffisamment rapprochés pour cela. C’est pourquoi mieux vaut savoir assez tôt ce qu’on veut ou ne veut pas, et agir ou se tenir en conséquence.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, il s’agit d’amoureux séparés qui sont sur le point de se retrouver. Pour comprendre l’épisode ainsi, il faut avoir à l’esprit l’histoire de l’Alliance et les promesses de Dieu. Au temps de Jésus, Israël avait conscience d’être éloigné de son Seigneur : depuis longtemps plus aucun prophète ne s’était levé dans le peuple élu qui se trouvait livré à la domination des païens.

Mais les anciens prophètes, et pas seulement Isaïe, avaient promis la consolation. En particulier, ils annonçaient le retour à la "lune de miel" entre Dieu et son peuple que fut l’aventure initiale de l’Exode et du désert. Certes, cette époque biblique est autant, de la part du peuple, le temps de la tentation et de la trahison que celui de la proximité avec Dieu. Mais, quand on espère le retour, on aime à se souvenir du meilleur et l’on préfère oublier le pire.

Au livre du prophète Osée, le Seigneur dénonce Israël comme l’épouse infidèle et adultère, mais il ne renonce pas à son amour : "Je l’amènerai au désert et je parlerai à son coeur." Le texte dit même littéralement "sur son coeur", ce qui évoque très clairement l’intimité amoureuse.

Voilà pourquoi Jean-Baptiste, vêtu comme on pensait que l’étaient les prophètes, rassemble tout Juda et tout Jérusalem au désert. Le miel sauvage rappelle la manne, "quelque chose de fin et de crissant sur le sol comme du givre", l’une et l’autre substances étant probablement des résines de buissons du désert. Quant aux sauterelles, elles évoquent les cailles tombées du ciel à profusion en sorte que le peuple eut de la viande à manger à satiété. Ainsi Dieu nourrit Jean comme Israël au désert.

L’apparition de Jean dans le désert est vraiment le commencement de la Bonne Nouvelle : pour qui la comprend, elle annonce qu’en son Fils Jésus Dieu se fait proche à nouveau de son peuple jusqu’à s’unir enfin parfaitement à lui, selon l’espérance des prophètes. Mais pour que s’accomplisse ce rapprochement merveilleux et définitif, il faut que le peuple se purifie par la conversion et le baptême en vue du pardon.

À propos, "aimant" n’a rien à voir avec "aimer" mais vient du grec adamas, qui signifie "acier" et, passé en latin, prend aussi le sens de "diamant".

Comment se fait-il que nous puissions être à la messe, en présence du mystère de l’autel, indifférents et distraits par mille préoccupations domestiques, professionnelles, sportives ou autres ? Pourquoi ne sommes-nous pas irrésistiblement attirés vers le Seigneur qui se rend tout proche dans l’Eucharistie ?

Nos innombrables attachements aux choses de la terre sont comme une gangue épaisse qui couvre le diamant que nous sommes pourtant, tous ensemble et chacun de nous. Cette gangue nous écarte de Dieu comme elle a écarté son peuple au long de l’histoire d’Israël, dont le péché fut idolâtrie et infidélité.

Quant à celui qui pense la pénitence en termes de marché avec Dieu, attendant la récompense d’un sacrifice intéressé, malheureux est-il : ses efforts de religion s’ajoutent à ses cupidités terrestres pour l’éloigner du Seigneur.

Écoutons plutôt l’appel du Baptiste, allons au désert d’un dépouillement spirituel qui nous purifiera de nos convoitises malheureuses. Alors apparaîtra dans toute sa pureté le diamant que nous sommes, car la vérité de notre être est la vocation sainte à l’amour, et, comme le diamant est attiré irrésistiblement par le diamant, nous le serons par Dieu, Amour, pour le bonheur éternel.