Dimanche 3 octobre 1999 - Vingt-septième Dimanche

Moi tout seul !

Ezékiel 18,25-28 - Philippiens 2,1-11 - Matthieu 21,28-32 et Galates 6,14-18 - Matthieu 11,25-30
dimanche 3 octobre 1999.
 

Moi tout seul !

Ce cri revendicatif de l’enfant qui veut faire ceci ou cela sans aucune espèce d’aide est parfois toléré, voire approuvé, par des parents qui souhaitent hâter autant que possible l’autonomie de leur rejeton, attendu, pensent-ils, que ce monde est dur et hostile et qu’il faut savoir s’y défendre par ses propres moyens.

Mais le petit ainsi anxieusement pressé de faire tout par lui-même, ou plutôt le faux adulte qu’il est par projection de ses parents, réclame sans arrêt l’approbation d’un regard extérieur qui le confirme dans sa capacité d’affronter ce monde si inquiétant. Refusant de s’en remettre aux autres, il demeure pourtant profondément dépendant de leur jugement sans cesse désiré et redouté.

Au contraire, l’enfant qu’on laisse mûrir à son rythme se développe naturellement par imitation de ses parents : il reçoit d’eux toutes sortes de capacités dans un courant de transmission qui lui est une relation constante et joyeuse avec eux et non la captation âpre d’un équipement de survie. Le véritable héritage n’est pas une somme qu’on touche à la mort des intéressés, mais un flux vital qui va des parents aux enfants et leur revient en reconnaissance, comme un lien vivant qui désire les promesses de la vie éternelle.

Devenus adultes en leur temps, ces enfants attachés à leurs parents sont construits sur ce qu’ils ont appris à tenir pour vrai, juste et bon en soi, et non sur une fragile idée flatteuse d’eux-mêmes : ainsi ils sont vraiment autonomes, capables de résister aux vents, courants et marées des modes et des pressions humaines.

Les vignerons homicides de la parabole, qui tuent le fils pour s’emparer de l’héritage, réussissent seulement à se couper mortellement de celui qui est et demeure le véritable maître de la vigne. Ils représentent les anciens et les chefs du peuple, à qui Jésus s’adresse pour tenter de les arracher à leur enfermement dans le refus du don de Dieu : pour ceux qui s’en imaginent propriétaires au lieu de les recevoir toujours à nouveau comme un don vivant de l’Esprit, l’Ecriture et la Tradition demeurent lettre morte.

Celui qui veut être sage et savant non seulement sans Dieu mais contre lui s’aveugle sur le monde et sur l’homme et s’engage sur la voie de la violence homicide. Au contraire, les tout-petits qui savent ne rien pouvoir ni savoir tout seuls boivent, avides et joyeux, largement aux sources merveilleuses que leur ouvre le Seigneur ami des humbles. Comblés de l’Esprit Saint, ils connaissent et apprécient la création en vérité dans sa beauté et se reçoivent mutuellement dans l’amour fraternel.

Ces petits-là, comme saint François d’Assise, étonnent le monde par la force et la fécondité de leur personnalité. Plus que tout autre, peut-être, ils sont en butte à l’hostilité d’un monde dur. Pourtant, même cela leur est un joug facile, jusque dans la souffrance et l’angoisse extrêmes, car, dans leur vie comme dans leur mort, ils sont configurés au Fils de Dieu venu dans la chair.

Quiconque suit Jésus sur le chemin de l’obéissance à Dieu éprouvera son amour en plénitude et dira comme lui : Je ne suis jamais seul, car le Père est en moi et je suis dans le Père.