Dimanche 10 octobre 1999 - Vingt-huitième Dimanche

Voyons un peu.

Isaïe 25,6-9 - Philippiens 4,12-14.19-20 - Matthieu 22,1-4
dimanche 10 octobre 1999.
 

Voyons un peu.

Voyons, parmi vous tous, lequel je vais désigner comme le meilleur paroissien.

Bien sûr, je ne vais pas le faire, car ce serait très gênant ! D’abord, il aurait fallu au moins annoncer l’élection assez à l’avance en fixant les règles du jeu, en particulier, le type de performances ou de compétences destinées à être primées. On pourrait d’ailleurs choisir de récompenser, plutôt que le meilleur dans l’absolu, celui dont la progression personnelle s’est avérée la plus forte dans un certain laps de temps.

Mais, surtout, la messe serait-elle bien le lieu de procéder à une telle distinction ? Ne sommes-nous pas, au contraire, rassemblés dans l’Eucharistie par Dieu qui "ne fait pas acception de personne", qui accueille tous ses enfants avec le même amour passionné pour chacun ?

Voyons, je ne suis pas sûr que cela soit clair pour tout le monde. Je vais donc désigner parmi vous quelqu’un qui m’a vraiment l’air de ne pas comprendre ce qu’il fait ici, et je vais l’expulser, pour l’exemple.

Bien sûr, je ne vais pas faire cela non plus, car ce serait encore plus choquant que de désigner le meilleur paroissien dans l’assemblée !

Pourquoi, alors, le personnage dépourvu du vêtement de noces dans la parabole d’aujourd’hui se fait-il jeter dehors ? Parce que, à la question du roi, il ne répond rien : il "garde le silence". L’expression en grec est très forte : l’homme interrogé se ferme, il semble ne rien vouloir voir ni entendre, non plus que dire. Là est la clé de compréhension de tout l’épisode.

Savons-nous bien ce que nous faisons à la messe ? Nous y sommes justement pour l’apprendre, toujours à nouveau. "Mon ami, nous dit le Seigneur, mon ami, es-tu bien digne de participer au repas des fils de Dieu ? Comprends-tu ce qui te donne ce privilège inouï ?" À cette question, il nous faut répondre aussitôt : "Non, Seigneur, certes non ! Mais, je t’en prie, de grâce, toi qui sais et qui peux tout, enseigne-moi, purifie-moi !"

Comprenez. Les premiers invités de la parabole ont beaucoup reçu, mais ils se sont refermés sur ce qui leur a été donné : quand l’invitation finale arrive, ils se replient, qui sur son propre champ, qui sur son propre commerce. Parce qu’ils ne veulent pas partager ce qui est à eux avec ceux qui n’avaient rien, ils refusent la plénitude du don offert et finissent par tout perdre. Mais l’expulsé de la fin, quant à lui, ne veut même pas commencer à recevoir, il refuse tout d’avance !

Voyez, vous qui êtes venus à la messe peut-être sans bien savoir pourquoi : c’est ici le festin des noces du Fils du grand Roi ! Ces noces sont consommées sur la croix, lorsque Jésus accomplit le plus grand amour qui est aussi la parfaite obéissance à la volonté du Père. En vérité, il y a peu d’élus, il n’y en a même qu’un seul, celui au sujet de qui la voix venue d’en haut a retenti : "Celui-ci est mon bien-aimé, mon élu, en qui j’ai mis tout mon amour."

Mais, si lui seul a été ainsi parfaitement fidèle, c’était afin de partager avec tous ce qui n’appartient en propre qu’à lui : la filiation divine et la parfaite communion avec le Père dans l’Esprit. À cela tous sont maintenant appelés, et notre Eucharistie approche et anticipe, dans la réalisation déjà parfaite du sacrifice du Christ, le banquet du Royaume où il sera tout en tous. Et déjà, époux de l’Église dont nous sommes, il est notre unique et heureux élu.

Dieu, en effet, comble chacun de nous personnellement de dons magnifiques, et il nous rassemble dans l’amour fraternel en sorte que ce qui est à chacun soit à tous, et que tous se réjouissent du bien de chacun. Il en est ainsi si seulement nous ne refusons pas le don de Dieu qui ajoute grâce après grâce.

Goûtons et voyons comme il nous est bon d’être unis en Lui, et ne rendons pas vaines, par égoïsme ou par tiédeur, les promesses de la vie éternelle.