Dimanche 31 octobre 1999 - Trente et unième Dimanche

Reconnaissez-vous ces fleurs ?

Malachie 1,14-2,1.8-10 - 1 Thessaloniciens 2,7-9.13 - Matthieu 23,1-12
dimanche 31 octobre 1999.
 

Reconnaissez-vous ces fleurs ?

Précieuses, parfumées, nombreuses, serrées en gerbes ou en couronnes somptueuses, elles remplissaient, jeudi matin, le choeur et l’entrée de l’église, ceux qui étaient ici s’en souviennent.

Nous étions, nous aussi, nombreux et serrés, chacun sur son trente et un, remplissant tout l’espace et au-delà, jusqu’en bas des escaliers, jusqu’à la porte sur la rue.

Et pourtant, celui pour qui nous étions réunis, l’un d’entre nous, un paroissien de trente-quatre ans frappé soudainement dans la nuit de lundi à mardi, n’était pas un homme remarquable. Ou plutôt, il ne faisait rien pour se faire remarquer.

Il ne se souciait pas de ses vêtements, ne disait pas volontiers les paroles convenues en chaque circonstance, ne faisait rien pour paraître le brillant diplômé qu’il était, ou pour profiter de l’importante situation qu’il avait. Il préférait s’habiller n’importe comment et distribuer son argent de même.

Si la célébration des funérailles avait pour objet d’évoquer le défunt et de refléter son visage éperdument, pour tenter de retenir encore celui qui nous a échappé, alors nous aurions été complètement à côté du sujet, et même à l’opposé.

Pourtant, sa vie fragile et discrète que nous portions, le coeur serré, au pied de l’autel, et notre liturgie si ardemment et soigneusement célébrée par chacun à sa place, et par tous impeccablement, formaient, comme une tresse, une seule et unique prière d’action de grâce et de supplication qui montait dans l’Église vers le ciel.

Tous nous en avons été saisis, tous nous l’avons senti comme une évidence brûlante et comme un appel. Sous les signes contraires de la négligence des convenances et de la parfaite exécution du rite, la vie de Daniel et notre célébration se rejoignaient en Celui pour qui elles étaient faites et par qui elles prenaient sens : ce Dieu dont le Fils nous a révélé qu’il est Amour.

En effet, seul est absolu l’Amour, tout le reste est relatif. Les phylactères étaient des petits rouleaux qu’on portait sur le front, avec un verset de l’Écriture, en rappel d’avoir à observer la Loi. Les franges consistaient en un fil de pourpre, qui signifiait la vocation sacerdotale d’Israël, à laquelle il fallait être fidèle. Tout cela était langage, comme l’aspect du vêtement, en général, est langage.

Quant aux reproches du prophète Malachie, ils s’adressent aux prêtres qui sacrifiaient des bêtes tarées au lieu de choisir les plus belles pour le service du Temple de Dieu. Car les sacrifices aussi étaient langage.

Or, qu’est-ce qui compte, dans le langage, sinon la vérité de son usage ? Qui sait écouter les enfants entend, même quand leurs mots sont maladroits et leurs expressions fautives, même s’ils formulent pratiquement le contraire de ce qu’ils veulent dire, la teneur et l’importance de leur propos. Tandis qu’on voit tant de pédants qui pérorent à n’en plus finir dans les dîners ou les débats, et leurs mots ne veulent rien dire, sinon : Voyez comme je parle bien. Et que tout cela est faux, que tout cela est mensonge, et tellement insupportable !

Aux pharisiens, Jésus reproche de se refermer sur eux-mêmes, de ne penser qu’à leur propre gloire, là où il s’agit de s’ouvrir à Dieu.

Faut-il, par exemple, être enfermé sur l’idée qu’on se fait de soi, faut-il, hélas, être endurci dans cet enfermement pour ne pas se rendre à la grâce du rapprochement entre catholiques et luthériens que scelle l’accord signé aujourd’hui sur la justification !

Reconnaissez, frères, que Dieu est notre Père, et que son Fils Jésus est le maître de justice et d’amour qu’il nous a donné pour nous sauver. Reconnaissons la gloire du Christ sous les signes contraires de l’humiliation de la croix jusqu’à la mort, et de la gloire de sa résurrection qui éclate, en particulier, dans la joyeuse assemblée eucharistique de ses fidèles qui la célèbrent. Alors nous serons élevés à la dignité même de Dieu.