Lundi 1er novembre 1999 - Toussaint

Avez-vous vu des monstres ?

Apocalypse 7,2-4,9-14 - 1 Jean 3,1-3 - Matthieu 5,1-12
lundi 1er novembre 1999.
 

Avez-vous vu des monstres ?

Moi, cette nuit, du côté du Trocadéro, j’ai vu une jeune femme, au physique agréablement confortable, qui portait un masque blafard au rictus affreux surmonté d’un os en travers extrêmement convaincant. Elle tenait son petit garçon par la main et regardait soigneusement à droite et à gauche avant de traverser dans les clous. C’était si drôle que même les jeunes alentour ne regardaient que ça.

N’en va-t-il pas de même, tous les jours, depuis toujours ? Les personnes les plus innocentes et aimables que l’on côtoie sans crainte peuvent se révéler, à l’occasion, sous tel aspect particulier, de véritables monstres. Et l’on ne comprend pas : c’est comme si elles avaient été affublées soudain d’un masque affreux, un masque, hélas, qui pénètre l’intérieur de l’être.

En fait, les forces du mal, dont les mascarades d’Halloween sont un rite d’exorcisme parmi d’autres, nous dominent terriblement. Ce n’est pas le péché de l’homme qui produit le mal, mais il fait brèche, il le laisse entrer au monde. D’ailleurs, quelqu’un d’habituellement aimable, s’il s’est égaré à faire des choses monstrueuses et que, grâce à Dieu, il en revienne, dit généralement : "C’était plus fort que moi !"

D’un autre côté, heureusement, le Bien est, plus encore que le mal, une force qui nous domine infiniment. C’est pourquoi les Béatitudes, vous l’avez remarqué, ne portent que sur des situations où l’homme est passif. Il n’est pas écrit : Bravo à ceux qui font ceci ou cela de bien, ils recevront une forte récompense ! La pauvreté, la peine, la faiblesse et la persécution ne sont pas des situations, en général, que l’on atteint, mais que l’on subit.

En fait, comme vous connaissez, bien sûr, les Béatitudes par coeur, vous avez envie de protester : il y en a une qui parle de faire quelque chose de bien. Non, ce n’est pas celle des miséricordieux : la miséricorde consiste à subir avec patience et par amour le mal plutôt que de l’aggraver en le rendant. C’est celle des "artisans de paix", littéralement, en grec, des "faiseurs de paix". En outre, ceux-là, au lieu de la promesse de recevoir quelque chose comme dans les autres cas, entendent celle d’être appelés d’un certain nom.

Or, justement, faire la paix est impossible à l’homme. Surtout si l’on entend bien bibliquement la paix en question : il s’agit du "shalom", du salut de Dieu que le Messie doit venir établir. Alors on comprend que la récompense annoncée soit d’être appelé fils de Dieu ! En revanche, on se demande de quelle manière cette Béatitude pourrait être accessible au commun des mortels.

Pour mieux voir comment la sainteté vient aux disciples, revenons à la manière dont le mal s’empare des hommes. Pensez aux plus grands malfaiteurs : ce sont, en particulier, des hommes qui ont marqué l’histoire et qui fascinent encore les imaginations, parce qu’ils ont atteint, à plus ou moins grande échelle, le rêve de dominer le monde. Ce n’est pas par hasard.

Le truc que le Mauvais préfère, c’est de faire croire à l’homme, ce misérable mortel faible et vulnérable, qu’il est puissant. Ainsi, les pires dictateurs, ivres de leur sinistre pouvoir, ne sont que des pantins, le jouet malheureux et maudit des démons qui tourmentent le pauvre monde. Et tout pécheur qui se laisse envahir par les démons sombre ainsi dans la terrible illusion de la puissance des ténèbres.

Rappelez-vous le refrain d’Halloween : tricks or treets. Allez-vous préférer les trucs du mal ou les délices du Sauveur ? Il n’y a pas égalité entre le mal et le bien : Dieu seul est tout-puissant, et son Fils Jésus est le plus fort qui vient nous arracher au pouvoir des ténèbres.

Reconnaissez simplement que vous êtes de pauvres humains constamment assaillis par une foultitude de démons tentateurs, demandez le pardon de vos péchés et la grâce de ne plus recommencer.

Ceux que nous fêtons aujourd’hui, les saints, sont ces êtres qui en viennent à ne plus pécher, ou presque. Comment cela se fait-il ? Ne seraient-ils plus tentés ? Bien sûr que si, et plutôt deux fois qu’une. Mais, à chaque fois, ils tombent aux pieds du Christ et l’implorent : prends pitié du pauvre type que je suis. Et ils sont relevés avant d’être tombés. C’est ainsi qu’ils sont faiseurs de paix, la paix avec Dieu et son salut pour le monde, et qu’ils sont appelés ses fils.

Cette paix, à laquelle le Seigneur nous invite tous, est donnée dans les combats, dans la lutte et les tentations incessantes de ce monde. Mais à ceux qui l’accueillent aujourd’hui, Jésus promet qu’au dernier jour ils entreront dans ce repos de la Béatitude éternelle dont jouissent déjà les saints, et que nous partagerons avec eux dans le monde nouveau où il n’y aura ni monstres ni démons, où nous serons vivants et joyeux pour l’éternité de Dieu.