Veille du 7 avril 1996 - Nuit de Pâque

Les femmes ont une grâce particulière pour tout ce qui demande à être accueilli avec délicatesse.

Genèse 1,1 à 2,2 ; Genèse 22,1-13.15-18 ; Exode 14,15 à 15,1 Isaïe 54,5-14 ; Isaïe 55,1-11 ; Baruc 3,9-15.32 à 4,4 ; Ezékiel 36,16-17.18-28 ; Romains 6,3-11 ; Matthieu 28, 1-10
dimanche 7 avril 1996.
 

Les femmes ont une grâce particulière pour tout ce qui demande à être accueilli avec délicatesse.

Par exemple, un petit enfant vous offre une fleur, cueillie à l’instant dans le jardin, tout entière, avec sa racine ébouriffée et bien terreuse. "Comme c’est charmant", dites vous.

Eh bien, je pense que c’est pour cela que la première annonce de la Pâque est faite à des femmes. Une annonce inattendue, fraîche cueillie dans le jardin, et "tout entière" : tenant inséparablement à sa racine de Passion, hérissée de douleurs, et tombée en terre.

Rappelez-vous la première lecture du vendredi saint, le Serviteur souffrant : Il a poussé devant le Seigneur comme une racine en terre aride. Dans une terre sèche, la plante multiplie les radicelles, à la recherche des moindres traces d’humidité. Et si vous l’arrachez, elle sort poussiéreuse comme un tombeau.

Ainsi l’annonce de la Résurrection tient-elle inséparablement à la mémoire de la Passion et de la mort. C’est pour cela que la joie de Pâques ne se comprend qu’à partir de celle du vendredi saint ; rappelez-vous : cette joie qui

naît d’un bonheur de pauvre, le bonheur de notre rédemption universelle. Pour qui n’est pas entré dans le secret du saint vendredi, la joie de la nuit de Pâque paraît factice, et pour tout dire sans éclat ni prestige. Mais pas pour celui dont la joie s’est enracinée dans la croix.

Il en va de même pour notre foi. Certes, elle doit s’épanouir dans la vitalité du Christ ressuscité. Mais elle ne peut le faire qu’à proportion de son enracinement dans la Passion du Seigneur, par la communion à ses souffrances et à sa mort.

C’est vrai pour toi, Alexis, qui vas recevoir le baptême cette nuit. C’est vrai pour nous tous, qui l’avons reçu il y a parfois longtemps. C’est vrai, en chacun de nous jusqu’au dernier jour.

Ce secret de Pâques est effrayant pour les hommes au coeur non préparé. Mais c’est ce qui fait notre joie incomparable, telle que rien ne pourra jamais la ternir, aucune souffrance, et pas même la mort.

Aujourd’hui, avec toi, Alexis, nous accueillons l’annonce de la Pâque comme pour la première fois, avec la délicatesse d’un coeur profondément ouvert et reconnaissant.