Dimanche 12 décembre 1999 - Troisième dimanche de l’Avent

Évaluez votre potentiel !

Isaïe 32,1-6.10 - Jacques 5,7-10 - Matthieu 11,2-11
dimanche 12 décembre 1999.
 

Évaluez votre potentiel !

Les enfants, vous ne comprenez pas ce que je vous demande de faire. Vous, les adultes, vous savez que certains ne jurent, en matière de gestion moderne des ressources humaines que par l’auto-évaluation du potentiel de carrière. À votre arrivée dans la maison on vous demande à quel niveau vous croyez pouvoir arriver : combien de galons, combien d’étoiles espérez-vous ?

Les Américains ont une façon simple de tout ramener à la même mesure : ils vous estiment à votre revenu net par an. En dollars. Cela donne : "Combien voulez-vous gagner ?" Et malheur au pusillanime qui demande trop peu ! Je ne pense pas que saint Paul ait ce genre de critère en vue quand il nous exhorte à discerner la valeur de toute chose. Malheureux plutôt ceux qui ont si tôt une si courte idée du but et du sens de leur vie.

Dans l’épisode évangélique d’aujourd’hui, il s’agit apparemment d’évaluer Jean-Baptiste : est-il du niveau Messie, Élie ou grand-prophète ? En dépit de ses dénégations, nous savons bien, nous, qu’il est au top du palmarès des saints : "Parmi les enfants de la femme, il n’en est pas de plus grand que Jean."

Déjà que nos rêves de gloire sont toujours trop petits pour mériter d’être le but de notre vie, en plus, nous savons que le plafond est, pour nous, en dessous de Jean, puisqu’il n’y avait qu’une place et qu’elle est déjà prise ! De lui seul il est dit, dans le Prologue johannique, comme vous l’avez entendu : "Il y eut un homme envoyé par Dieu... comme témoin... afin que tous croient par lui."

Mais ce n’est pas tout. Si grand que soit Jean, bien entendu, il n’arrive pas à la cheville de Jésus. Lui-même le dit, mais nous n’avons pas vraiment besoin de son témoignage pour le croire. Vous pensez : le Verbe incarné en personne !

Jean ne s’en défend pas, au contraire : tout son bonheur, toute sa joie, c’est d’être la voix. Voilà qui peut nous tirer du découragement. Jean est comme une cire perdue, disparaissant lorsque coule le métal précieux incandescent qui prend toute la place qu’elle occupait justement pour la laisser. C’est pourquoi il est écrit, un peu plus loin dans le même évangile de Jean : "Il faut qu’il grandisse et que je diminue."

Tout le sens du ministère de Jean-Baptiste, selon l’évangéliste Jean, est de rendre témoignage à la lumière. Or, le témoin a parfaitement accompli sa mission quand son témoignage est devenu inutile. Ainsi les Samaritains disent-ils, à la fin, à la Samaritaine : "Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant ; nous l’avons entendu par nous-mêmes et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde."

Lorsque j’ai dit de Jean qu’il occupait la première place parmi les saints, vous avez sûrement pensé : "Et la Vierge Marie ?" Elle aussi pourrait désespérer les ambitions d’une petite fille : maman de Jésus, il ne pouvait y en avoir qu’une, et la place est définitivement déjà prise.

Bienheureux le sein qui t’a porté, les mamelles qui t’ont allaité, dit une femme à Jésus. Heureux plutôt qui écoute la parole de Dieu et la garde, car celui-là est ma mère, mon frère, ma soeur, répond le Seigneur. Pour Marie, il en va comme pour Jean et pour chacun de nous : il n’est de grandeur en face de Dieu que d’accueillir sa Parole.

C’est pourquoi je vous dis que le petit canari qui picore un seul grain de cette semence de vie est plus grand, en cela, que le géant, éventuellement, qui la sème. Oui, le plus petit dans le Royaume est plus grand que Jean.

Le plus petit, c’est le Christ Jésus. Lui-même ne se voit grand que d’être parfaitement soumis au Père. Et c’est lui qui grandit en nous si seulement nous nous laissons brûler au feu de l’Esprit qui nous recrée dans le Fils unique. Voilà toute notre ambition, et il n’en est pas de plus grande.

Laissez-moi évaluer votre potentiel, les enfants : il est immense. Il est un seul et le même pour nous tous, il n’est rien de moins que Fils de Dieu, maintenant et pour l’éternité.