Dimanche 19 décembre 1999 - Quatrième dimanche de l’Avent

Voulez-vous que je vous aime ?

2 Samuel 7,1...16 - Romains 16,25-27 - Luc 1,26-38
dimanche 19 décembre 1999.
 

Voulez-vous que je vous aime ?

Quelle question bizarre ! D’abord, j’aime ou je n’aime pas, c’est un fait et non une attitude que je pourrais adopter à loisir. Ensuite, la question ne se pose pas : bien sûr que l’on veut être aimé ! Chacun d’entre nous désire être aimé de tous, c’est certain. En revanche, en effet, on peut vouloir ou non être l’objet de telle ou telle expression de l’amour. C’est pourquoi le jeune homme doit demander à la demoiselle : "Voulez-vous m’épouser ?"

Quelquefois, pourtant, on ne peut pas demander avant, et il faut prendre le risque. Les cadeaux, par exemple, sont des expressions de l’amour - sinon, c’est du commerce -, et on ne demande pas : "Voulez-vous que je vous fasse un cadeau ?". On peut seulement proposer : "Que désirez-vous comme cadeau ?"

Les enfants, est-ce que vos parents vous font choisir les cadeaux de Noël à l’avance ou bien préfèrent-ils vous en faire la surprise ? Dans ce dernier cas, ils prennent un fameux risque ! Mais, s’ils le font, c’est qu’ils estiment que cela vaut la peine. En effet, une réussite exquise de l’amour, c’est de connaître si bien l’autre qu’on sait ce qui lui fera plaisir, parfois mieux que lui-même, jusque dans les choses les plus personnelles.

L’Annonciation, dont nous entendons le récit aujourd’hui, est l’événement d’un tel cadeau. C’est pourquoi l’Ange ne demande pas à Marie, de la part de Dieu, si elle veut bien devenir la maman de Jésus. Pose-t-on la question, en offrant son présent : "En veux-tu, oui ou non ?". L’Ange annonce seulement ce qui va arriver. Dieu, qui connaît Marie parce qu’il l’a faite, sait ce qui va la combler, et il prend tout le risque de le lui donner.

Telle est aussi la raison du trouble de Marie. Un cadeau surprise aussi personnel ainsi réussi est un geste qui touche profondément. Et il y a de quoi être troublée, d’être ainsi touchée.

Mais, traversé le bouleversement, Marie exprime son acceptation sans réserve du don qui lui est fait. Alors se révèle que la liberté du choix de dire oui ou non - cette forme de liberté que nous avons exclusivement à l’esprit -, n’est que très imparfaite. La liberté suprême, celle de Marie, est la liberté de consentir au don de l’amour comme au bien véritable. La vraie liberté est le consentement de l’amour à l’Amour. Et le péché, ce péché dont Marie est indemne, est, d’abord, ce qui nous en empêche. C’est pourquoi nul ne connaît la vraie liberté que libéré de son péché.

Marie, comme dans le privilège de n’avoir aucun péché, est à l’image de son Fils dans l’exercice merveilleux de sa liberté d’accepter le don de Dieu. La nature même du Fils de Dieu, l’être du Fils, est don du Père. Et le Fils ne cesse de rendre grâce au Père d’être : il est, tout entier, don et action de grâce. Il est Eucharistie pour ce qu’il est, parce qu’il est, de par l’amour éternel du Père.

Allons-nous, maintenant, recevoir nous aussi l’Annonciation faite à Maire comme une bonne nouvelle ? Laissons-nous libérer de toute résistance à la vie par l’amour qui s’offre à Marie. Honorer père et mère, c’est accepter pleinement la vie qu’ils nous ont donnée, sans nous consulter préalablement. Quel risque fou ! Comme ils espèrent ardemment l’expression du consentement à la vie de leurs enfants, ce consentement qui, seul, peut signer la réussite du don qu’ils leur ont fait !

Pourquoi ce consentement est-il si souvent difficile ? Parce que la vie n’a pas toujours l’air d’un cadeau. Mais elle ne fut pas que roses pour Marie : le glaive a passé dans son âme. En cela aussi elle a suivi son Fils, lui, l’Innocent, qui est allé jusqu’à souffrir et mourir pour nous pécheurs. Et pour cela aussi il a rendu grâce, et sa mère avec lui.

N’ayons donc pas peur, nous aussi à sa suite, d’accepter le don du Père qui est que nous vivions, que nous soyons. Que cette Eucharistie, qui est celle du Fils, soit aussi vraiment la nôtre. Dieu nous aime, c’est un fait. Mais, que nous voulions bien qu’il nous aime, c’est l’oeuvre de l’Esprit en nous, par la grâce de l’unique Bien-aimé. Voulez-vous qu’ensemble nous lui disions : "Que tout se passe pour nous selon ta parole, nous le voulons bien, Dieu qui nous aimes. Dieu qui nous aimes, fais que nous t’aimions."