Dimanche 2 octobre 2005 - Vingt-septième dimanche

On ne vous a pas confié quelque chose ?

Isaïe 5,1-7 - Psaume 79 - Philippiens 4,6-9 - Matthieu 21,33-43
dimanche 2 octobre 2005.
 

On ne vous a pas confié quelque chose ?

Si c’est un bien précieux et désirable, il peut vous avoir enivré et tourné la tête. S’il implique une lourde responsabilité, vous pouvez en avoir été effrayé ou accablé. Mais comment pouvez-vous oublier celui qui vous l’a donné ?

Et pourtant, les vignerons de la parabole ont bel et bien oublié celui qui leur a donné la vigne, celui qui l’avait plantée et enclose, celui qui avait creusé le pressoir et bâti la tour. « Voici l’héritier : tuons-le, nous aurons l’héritage. » Encore faudrait-il que le propriétaire meure aussi. L’ont-ils tout à fait oublié, celui-là ?

La folie des vignerons apparaît clairement lorsqu’on comprend que l’homme de la parabole représente le Seigneur de l’univers dont la vigne chérie est la Maison d’Israël, comme nous l’avons entendu dans la première lecture au livre du prophète Isaïe. Il a “retourné la terre” en la prenant aux païens pour la donner aux siens, il en a “retiré les pierres”, c’est-à-dire qu’il a ôté les stèles des cultes idolâtres. La clôture dont il l’entoure, c’est lui-même : il prend son peuple dans ses bras comme un enfant tout contre lui. La tour de garde, c’est la Torah, la parole sainte du livre de l’Alliance donnée pour que le peuple suive le droit chemin de Dieu. Et le pressoir ? N’est-ce pas le creuset des épreuves endurées lorsqu’il s’était égaré, afin qu’il se souvienne du Seigneur et revienne à lui ?

Par la bouche de Moïse et de Josué qu’il avait choisis pour les conduire sur ses chemins, il les avait avertis : voilà que je mets devant toi le bien et le mal. Choisis le bien, et alors tu auras la vie et le bonheur ; si c’est le mal, tu connaîtras le malheur et la mort. Cela ne vous rappelle rien ?

Déjà, au commencement, le Seigneur Dieu avait planté un jardin en Eden (ce mot veut dire jouissance et bonheur en hébreu) pour le confier à l’homme et l’y établir. Au milieu du jardin était l’arbre de vie : quelle plus belle tour pourrait-on rêver ? Il y avait aussi l’arbre de la connaissance du bien et du mal, ou plutôt, en hébreu, de l’expérience du bon et du mauvais, du bonheur et du malheur. Mais Dieu ne voulait pas que son fils connaisse le malheur : il l’avait planté dans le jardin du bonheur ! Pourtant l’homme a oublié son Père et créateur, il a prêté l’oreille aux suggestions du mauvais et s’est perdu.

Mais Dieu ne l’a pas abandonné. C’est pourquoi il s’est choisi un peuple au milieu des nations pour lui réapprendre son amour et sa grâce. Quelle confiance merveilleuse, quel don infiniment désirable. Mais quelle immense responsabilité ! Était-il humainement possible qu’ils assument une telle charge, les chefs du peuple de Dieu ? Pourtant, les prophètes, ainsi que beaucoup d’autres petits du Seigneur ignorés des puissants furent fidèles, et leurs souffrances déjà montaient devant Dieu en prière d’intercession pour le peuple qui les rejetait.

Toujours est-il qu’en dépit des vignerons égarés, la vigne a donné son fruit à l’accomplissement des temps : regardez la croix, voyez le pressoir où le Fils de Dieu a connu la souffrance et la mort pour sauver ceux qui les avaient méritées, l’arbre où il a connu le malheur, lui le saint et le bienheureux, devenu l’arbre de vie pour tous ceux qui croient en lui. Voilà la tour de garde à jamais, la parole immortelle qui nous indique infailliblement le chemin de Dieu car il est le Verbe éternel, celui qui est venu dans notre chair par amour pour nous.

Frères, on nous a confié quelque chose en nous faisant chrétiens : Dieu a remis son propre Fils entre nos mains ! Cette charge est trop grande pour nous, infiniment. Mais en l’acceptant nous recevons aussi la force de la porter. En l’accueillant, nous sommes irrigués de son propre Esprit, car il est la Vigne et nous sommes les sarments. Or l’Esprit Saint nous environne et nous sanctifie pour nous garder du mal et nous rendre dignes du nom de Christ. Le fruit qui nous est donné, nous devons le porter par toute la Terre que Dieu a donnée aux hommes. Alors le monde saura qu’il est sauvé.

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