Dimanche 9 octobre 2005 - Vingt-huitième dimanche - Baptême de Mateo au lendemain du mariage de ses parents, Pito et Magali

Le plus doux des aveux est une reddition sans conditions.

Isaïe 25,6-9 - Psaume 22 - Philippiens 4,12-20 - Matthieu 22,1-14
dimanche 9 octobre 2005.
 

Le plus doux des aveux est une reddition sans conditions. « Je t’aime » signifie je suis à toi, à ta merci. C’est pourquoi l’échange de ces paroles célébré dans le mariage est magnifique et dramatique.

Aussitôt, en effet, les époux sont revêtus du vêtement de l’amour, nimbés de gloire et de joie. L’armistice de ces êtres qui déposent leurs armes aux pieds l’un de l’autre leur ouvre des perspectives inouïes de bonheur et de paix. Pourtant, cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas dans l’avenir des batailles, des révoltes et des répressions sanglantes. Mais s’ils choisissent tous deux les chemins du sacrifice et du pardon, la gloire du premier jour ne perdra jamais son éclat. Car le vêtement de l’amour, loin de s’user des épreuves traversées, s’enrichit d’être aussi celui du service, de l’humilité et des souffrances offertes.

Pour franchir obstacles et tempêtes à leur avantage, les époux se rappelleront aussi souvent que nécessaire les consentements de leurs noces. Rouvrir la bouche à ces aveux comme à cette reddition les remettra sur la voie de l’amour plus fort que la mort. Tandis que s’y refuser serait les renier, ôter d’un coup et rejeter la robe nuptiale, se précipiter aux lieux affreux des amours mortes.

Ainsi l’homme à la fin de notre parabole se refuse lui-même à l’invite du roi : « Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir le vêtement de noces ? » Il garde le silence. Le verbe grec signifie littéralement que l’homme “s’est resserré”, qu’il s’est refermé sur lui-même comme on tire les cordons d’une bourse, se vouant ainsi aux ténèbres extérieures.

Notre parabole est de roi, de noces et d’amour, mais aussi de guerre, d’échecs et de refus. Dans sa première partie, elle évoque clairement l’histoire de l’alliance de Dieu avec son peuple chéri et sa triste fin : après avoir rejeté le Messie, les juifs connaîtront la terrible guerre de 70, la chute de Jérusalem et la destruction du Temple. Faudrait-il en conclure qu’un autre peuple est venu remplacer au dernier moment celui qui avait rompu la première alliance ? Ces croquants et ces tordus ramassés de force aux croisées des chemins seraient les païens pris pour remplacer les juifs ? La fin de la parabole nous oblige à dépasser cette vue simpliste.

Qu’est notre baptême sinon l’entrée inespérée et souvent non sollicitée dans le peuple des sauvés ? Celui qui reçoit le baptême, surtout quand c’est un petit comme Mateo, nous n’avons pas de mal à croire que Dieu le revêt aussitôt de sainteté et d’amour. Mais que se passe-t-il après ? Combien de péchés, combien de refus de soi opposés aux appels de Dieu ? Alors même que le baptême est pour chacun une alliance personnelle d’amour comparable au mariage, au sein de la relation indéfectible qui lie le Christ et l’Église. Toutes nos offenses, tous nos égoïsmes, pourtant, ne sauraient faire disparaître tout à fait le vêtement de noces, même s’il s’en trouve terni. Pourvu seulement que nous nous laissions ramener à la sainteté par la voix du bon berger qui nous appelle “ami” même quand nous l’avons trahi, nous sommes rétablis dans la gloire du premier jour. Encore faut-il que nous ouvrions la bouche pour confesser notre péché et l’amour vainqueur du Seigneur qui nous a rachetés.

Allons, regardez-le : n’est-il pas allé jusqu’au bout du sacrifice et du pardon, du service, de l’humilité et des souffrances offertes ? Il est mort pour nous, c’est pourquoi aucune histoire d’échec n’est plus sans espérance en lui. Il a donné sa vie pour le peuple de la première Alliance que Dieu n’a pas abandonné à son refus quand il faisait grâce aux païens, et cette fidélité de Dieu en faveur des infidèles, son amour éternel et passionné pour son peuple égaré nous est un motif d’action de grâce et de confiance dans le péril où nous mettent nos propres péchés et refus.

Dans un instant, je vais vous interroger sur la foi. Je vais vous demander : « Renoncez-vous au péché ? » puis « Croyez-vous en Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit ? » Trois fois chacun dira « Je renonce », et puis trois fois « Je crois ». Mateo, c’est pour eux et pour toi que tes parents et parrains vont prononcer ces mots que tu ne peux encore dire : qu’ils n’en soient pas moins pour toi le plus doux des aveux et une reddition sans conditions dont toute ta vie sera un rappel et un déploiement à la gloire de notre Père qui est aux cieux. C’est la prière de l’Église aujourd’hui, c’est notre responsabilité à tous, et bien sûr la vôtre, Pito et Magali, en premier lieu.

Allons, frères, qu’aucun d’entre nous n’aille serrer les lèvres et les dents pour refuser de répondre au Roi qui nous appelle ses amis. Et si notre cœur est incertain, confions-nous à la tendresse maternelle de l’Église pour qui le Christ s’est remis sans conditions entre nos mains, formant ainsi sans un mot sur la croix le plus merveilleux des aveux : celui de l’amour infini de Dieu pour les hommes.

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