Dimanche 16 octobre 2005 - Anniversaire de la Dédicace (Fête paroissiale)

Saint et sympa, ce n’est pas simple.

Isaïe 45,1-6 - Psaume 95 - 1 Thessaloniciens 1,1-5 - Jean 2,13-22
dimanche 16 octobre 2005.
 

Saint et sympa, ce n’est pas simple.

Cela semble même s’opposer point par point. Gravité et obéissance contre impertinence légère, profondeur et silence contre propos drôles, vifs et charmants, comme on sait en tenir à table avec de bons compagnons, maniant l’art d’effleurer les sujets sérieux d’une touche légère qui les dédramatise. La fête réclame cette manière se changer les idées plutôt que les gestes prophétiques spectaculaires qui plongent les foules dans la stupeur.

Donc, le moins qu’on puisse dire est que Jésus n’a pas l’air dans le ton aujourd’hui. Le voilà qui vide à grand fracas le Temple de ce qui en fait une fête permanente. Et le moment qu’il choisit pour cela est ce temps où “la Pâque des juifs approchait”, selon l’indication donnée par l’évangéliste. Autrement dit, nous sommes à la veille de la fête des fêtes, de cette grande mémoire de la libération et de la naissance de la nation. Et c’est cette Pâque qu’il vient gâcher !

Aussi lui demande-t-on quel signe il peut donner pour justifier ce qu’il fait là. Mais c’est ne rien comprendre à ce qui se passe. En effet, il faudrait se demander plutôt de quel événement à venir ce geste prophétique est le signe. Tel est bien la signification de la réponse de Jésus qui évoque sa propre Pâque prochaine, sa passion et sa résurrection.

Le sens de ce geste qu’on appelle purification du Temple, et qui en constitue une véritable dévastation, est l’annonce de la Pâque du Seigneur où il va se “vider de lui-même”. C’est le sens littéral de ce qu’on traduit par “s’anéantir soi-même”, c’est la “kénose” du Christ chantée ailleurs dans l’hymne aux Philippiens et annoncée ici par la citation du prophète Zacharie : « L’amour de ta maison fera mon tourment. » Mais c’est ainsi que Dieu va enfin réaliser tout ce que promettait l’ancienne Alliance. Le signe de sa mort et de sa résurrection que va donner Jésus est celui de la mort et de la résurrection de l’Alliance.

En fait, l’événement de la croix est la source de la vie qui éclate en la résurrection. Il faut passer par la Pâque, sinon il n’y aura rien de vrai ni de durable, rien du royaume de sainteté et d’éternité dans nos vies. Mais il faut aller jusqu’à la joie, sinon la résurrection n’y est pas annoncée. Si l’Église est triste, le monde la méprise avec raison. Mais si sa joie n’est que celle du monde, elle ne sert à rien.

Or, déjà Cyrus avait été assez frappé de la grâce de ces pauvres juifs exilés à Babylone pour décider de les renvoyer sur leur terre. Vous l’avez entendu dans la première lecture, lecture prévue pour préparer l’évangile du 29ème dimanche, l’impôt à César, mais que nous avons gardée, ainsi que le psaume et la deuxième lecture, tout en changeant l’évangile pour prendre celui de la Dédicace. Le regard conquis de l’étranger Cyrus sur le peuple de Dieu nous rappelle celui du prophète païen Balaam qui, des siècles auparavant, avait été renversé par la beauté des tentes d’Israël au point de ne pouvoir que le bénir et bénir encore.

Si donc le peuple de Dieu, au temps où il apprenait encore difficilement les rudiments de l’Alliance, et puis lorsqu’il fut réduit à fort peu de choses par les catastrophes successives des invasions et des destructions ennemies, avait pu donner à voir pourtant aux païens la lumière de Dieu qui l’habitait, combien plus l’Église établie dans la gloire de la résurrection du Seigneur doit-elle la laisser transparaître en elle.

La Pâque, ce passage de ce monde au Père, Jésus l’a désiré d’un grand désir : il n’a pas désiré souffrir et mourir, mais rejoindre le Dieu dont il est le Fils bien-aimé. Nous aussi, que notre désir nous entraîne sur le chemin de Jésus, et que notre vie témoigne que nous sommes déjà arrivés au but en lui.

Tel est le chemin des saints, en premier lieu des saints Apôtres, fondations de l’Église, que je vais vénérer tout à l’heure en encensant les piliers. Et vous en prendrez votre part, car le baume sur la tête d’Aaron descend largement jusqu’au bord du vêtement. Comprenez bien que les saints d’aujourd’hui, c’est nous ; ou plutôt que c’est nous qui devons être les saints d’aujourd’hui, afin de pouvoir entendre l’Apôtre Paul nous adresser les mêmes félicitations qu’à ses chers Thessaloniciens.

Avant même les Apôtres, j’encenserai notre “Vierge du pilier”, sainte Marie, reine des Apôtres, l’Immaculée à qui fut dédiée notre église voici maintenant 142 ans. Que la joie de Dieu devant sa merveilleuse créature soit notre joie, puisée dans l’Eucharistie de Jésus son Fils bien-aimé. Que notre fête tout entière manifeste la sainteté heureuse de l’amour de Dieu.

Qu’il nous donne d’être le peuple dont la vie témoigne que la Pâque du Christ fait son bonheur maintenant et pour la vie éternelle.

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