23 mars 1997 - Dimanche des Rameaux et de la Passion

"Ah, les braves gens !"

Isaïe 50,4-7 ; Philippiens 2,6-11 ; Marc 14,1 à 15,47
dimanche 23 mars 1997.
 

"Ah, les braves gens !" s’exclamait un certain général en voyant ses troupes se faire massacrer avec résolution. "Ah, les braves gens" : ils se laissent tuer de bon coeur...

Cette réflexion trahit un point de vue bien égocentrique de la part de cet homme qui aurait mieux fait d’éviter une hécatombe inutile. C’est pourquoi un regard plus distancié sur l’événement pourrait inspirer un commentaire tout à fait opposé : Ah, les pauvres idiots qui se font exterminer sans broncher, alors qu’ils sont les victimes de l’incompétence et de la bêtise et que leur folie ne sert à rien !

Et que pensait Jésus de la foule qui l’acclamait ? Et que pensait-il lorsque, quelques jours après, fouetté, humilié, injurié, il a vu les foules - les mêmes - réclamer sa mort ?

Et vous, que pensez-vous de nous, qui sommes ici et qui ressemblons à tout le monde ? Nous sommes tous pleins de bons sentiments et capables de bons mouvements ; nous sommes tous de braves gens ; et nous sommes tous capables, par ignorance, par peur, par égarement, de trahir Dieu. Nous sommes comme tous les hommes, comme tous ceux de l’histoire que nous venons de lire : de braves gens capables de tout et aussi du pire.

Si Jésus a souffert, s’il est mort, c’est justement pour nous arracher à cette condition sans consistance, allant à tous les vents du monde. Pour nous arracher à cette inconsistance des hommes perdus et soumis au pouvoir du mauvais.

C’est pourquoi le regard de Jésus sur la foule des Rameaux, et sur celle de vendredi saint, pénètre au-delà des humeurs versatiles des hommes. Il voit la vérité profonde de ces événements, dans le dessein de Dieu.

La vérité de l’acclamation des Rameaux, ce n’est pas le sentiment fragile de ces braves gens qui nous ressemblent tant ; c’est bien plutôt la prescience du Père céleste qui envoie son Fils vaincre le mal par sa mort, et qui sait qu’il triomphera. D’où la collecte stupéfiante de cette messe, l’oraison d’ouverture qui s’adresse ainsi au Père : "Tu as voulu que notre Sauveur... subisse la mort de la croix..."

De même, la vérité des cris de haine et de rejet de la foule manipulée par les chefs des prêtres et les anciens qui veulent la mort de Jésus, c’est la haine homicide du Mauvais que le Seigneur est venu vaincre.

Nous sommes devant lui qui est mort pour affermir nos coeurs dans la fidélité à l’amour du Père, pour nous donner la bravoure que Dieu aime, celle qui procède de son sacrifice : avec humilité, laissons-nous guérir et fortifier par la Passion du Seigneur.