Dimanche 6 novembre 2005 - Trente deuxième dimanche

Sommes-nous porteurs d’avenir ?

Sagesse 6,12-16 - Psaume 62 - 1 Thessaloniciens 4,13-18 - Matthieu 25,1-13
dimanche 6 novembre 2005.
 

Sommes-nous porteurs d’avenir ?

“Porteur d’avenir” est une de ces expressions toutes faites si pratiques pour les idéologues : elle leur permet de prôner des éléments douteux et de mépriser des réalités imposantes en déclarant que celles-ci vont disparaître tandis que ceux-là prendront une importance décisive dans la suite. Cette opération impressionnante n’est le plus souvent qu’un tour de passe-passe : on prétend simplement que l’avenir sera ce qu’on a décrété qu’il doit être. Or, qui peut prédire ce que sera l’avenir ?

L’évangile nous dit à quoi il ressemblera, vous l’avez entendu : « Le Royaume des cieux sera comparable à... » “Comparable”, est-il écrit, et non pas “identique” : cela laisse la possibilité qu’il ait des différences. Heureusement, d’ailleurs ! Car il vaudrait mieux que tout ne se passe pas exactement comme à la fin de la parabole. La moitié des jeunes filles restant dehors, l’époux se faisant sourd à leurs appels, et celles qui sont entrées n’ayant pas voulu partager : c’est trop triste.

Il faut espérer, donc qu’on puisse influencer l’histoire pour qu’elle évolue vers un meilleur résultat. Mais, en tout cas, une chose est sûre : L’Époux viendra. Vous avez entendu l’Apôtre l’affirmer on ne peut plus nettement dans la seconde lecture. Simplement, nous ne savons ni le jour ni l’heure, c’est pourquoi il faut veiller. Or, veiller signifie précisément pour nous aujourd’hui de croire à cette venue et de l’espérer.

Alors, voyons, où en êtes-vous, mes amis ? Votre cœur est-il brûlant en entendant la Parole ? Est-ce qu’elle éclaire votre intelligence dans la foi ? Cette lumière vous inspire-t-elle un ardent désir de communier au Christ qui s’offre à cet autel ? La Sagesse a dressé la table pour vous, elle est bien garnie et tout offerte. Mais avez-vous seulement de l’appétit ?

Nous avons été baptisés, n’est-ce pas ? Au baptême, une lampe spirituelle est allumée, et elle brûle. Le signe en est la flamme prise au cierge pascal, symbole du Christ ressuscité. Mais que devient cette lampe pour beaucoup ? Abandonnée au fond d’un placard, dans le noir, elle peut bien se couvrir de poussière sur un fond d’huile rance jusqu’au Jugement dernier. Et que se passera-t-il alors ? Pourra-t-elle s’accomplir pour eux, la parole dite à ceux qui viennent de recevoir leur cierge baptismal : « Dans le Christ, vous êtes devenus lumière. Marchez désormais comme des enfants de lumière. Ainsi, quand viendra la Seigneur, vous pourrez aller à sa rencontre, dans son Royaume, avec tous les saints » ? Or, dans notre ville, dans notre quartier, ce ne sont pas seulement la moitié des baptisés dont la lampe est ainsi abandonnée, hélas !

Enfin, direz-vous peut-être, nous, au moins, nous sommes là : nous sommes venus remplir nos lampes dans la célébration de l’Eucharistie. Certes. Mais, allons-nous penser pour autant : « Chacun son problème. Si eux restent dehors au dernier Jour, ce ne sera pas notre cas » ? Dieu nous en garde ! Si notre amour d’autrui dans la foi et l’espérance n’est pas plus brûlant, nous risquons d’avoir de mauvaises surprises à la fin ! Et les dix jeunes filles de la parabole pourraient se retrouver sans huile pour accueillir l’époux.

Veiller, c’est brûler maintenant de la foi et de l’espérance de la venue du Christ en ce monde et au cœur de tous nos frères humains. Lumineux et contagieux comme l’amour même, les saints entraînent tous ceux qu’ils rencontrent à aimer Dieu comme il le mérite : ils sont veilleurs de l’amour du Christ. L’huile qui les consacre est celle de la chrismation, qui fait Messie et Christ le seigneur Jésus, le Fils de Dieu, le véritable grand prêtre de l’Alliance nouvelle, et qui se répand sur tout le vêtement de l’Église, comme il était prophétisé au Psaume 132. L’huile d’allégresse et de joie, c’est l’Esprit Saint par la puissance de qui nous sommes pardonnés de nos égoïsmes et sanctifiés dans l’amour.

Veillons sur le don reçu à notre baptême en vue du Royaume de Dieu qui est l’avenir de ce monde, puisque le Christ l’a racheté par son sang. Soyons fidèles à notre vocation sainte.

Si nous portons dignement le nom du Christ, nous sommes porteurs d’avenir pour tous nos frères humains et pour la création tout entière.

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