Dimanche 13 novembre 2005 - Trente troisième dimanche

Si c’était pour une course à pied jusqu’au Sacré-Cœur

Proverbes 31,10-31 - Psaume 127 - 1 Thessaloniciens 5,1-6 - Matthieu 25,14-30
dimanche 13 novembre 2005.
 

Si c’était pour une course à pied jusqu’au Sacré-Cœur

que nous étions réunis, et si l’on voulait que tout le monde arrive en même temps, il faudrait imposer à certains une charge de dix kilos sur le dos pour les ralentir, à d’autres vingt, voire cinquante, et même quatre-vingt-dix au Père Leverrier. C’est ce qu’on appelle, en sport, le handicap : plus il est lourd, plus ça veut dire qu’on est fort.

De même, le maître de la parabole distribue à l’un cinq talents, à un autre deux, au troisième un seul, à chacun selon ses capacités. Un talent, au temps de Jésus, c’était le salaire d’une vie d’ouvrier. Mais, en fait, la valeur du talent était très variable selon les lieux et l’époque. La raison en est que le mot grec “talanton” signifie à l’origine le plateau d’une balance, d’où aussi tout poids pesé : “tant”, en somme. On peut donc comprendre que le maître a donné à l’un cinq fois tant, à un autre deux fois tant et au troisième seulement une fois tant. “Tant” signifiant pour chacun la valeur de sa vie.

La capacité d’un récipient, c’est le volume qu’il peut recevoir. Quelle que soit sa taille, quand il est plein, on ne peut rien y mettre de plus. Celui qui n’a pu recevoir qu’un talent, c’est qu’il était déjà tout rempli avec sa propre vie : il était plein de lui-même. Tandis que le premier avait de la place de reste en lui pour quatre fois plus que lui-même. Comme il avait de grands manques et une vaste ouverture, il a pu recevoir beaucoup sans devenir satisfait de soi, et c’est pourquoi il a reçu plus encore. Ses handicaps, ses manques, sont devenus sa plus grande valeur, grâce à la générosité du maître.

Vous voulez un exemple ? Prenons le curé d’Ars. « Le Saint-Esprit est le seul qui puisse, d’un homme dépourvu de science et de culture, faire le plus expert des pêcheurs d’homme », a dit de lui le pape Pie XI dans l’homélie de canonisation. Jean-Marie Vianney avait, au départ, fort peu de ce qui est nécessaire pour acquérir un bon jugement pastoral. Mais il faisait tout ce qu’il pouvait avec ce qu’il avait et, comme il manquait beaucoup, il priait encore plus pour demander l’aide d’En Haut. C’est pourquoi il fut exaucé surabondamment. Par la puissance de l’Esprit Saint, ses “handicaps”, au sens actuel d’infirmités, sont devenus le lieu en lui des plus grands dons de Dieu. C’est dans ses faiblesses qu’il a été rendu le plus fort.

Par la suite, le pape l’a donné comme patron à tous les curés de l’univers. Mais, même ceux qui ne sont pas curés peuvent s’en inspirer. Chacun de nous est ce qu’il est, avec ses qualités et ses défauts, plus ou moins remarquables ou considérables. Rejetons l’orgueil et la suffisance qui gâchent les meilleurs dons du ciel, prions pour être délivrés de ces affreuses misères spirituelles si nous sommes tentés dans notre vanité. Évitons aussi la fausse modestie, qui n’arrange rien. Mais surtout, que notre espérance soit vive de la venue du Seigneur. Car c’est elle qui creuse en nous le désir des dons infinis de Dieu, c’est elle qui nous rend généreux dans l’effort et confiants dans le travail pour le bien des autres.

Imitons celui que nous attendons, le Seigneur Jésus, lui qui s’est anéanti pour nous. C’est pourquoi Dieu l’a élevé, et il lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom. La prodigieuse fécondité des saints n’a pas d’autre secret que l’humilité du Christ dans son action de grâce, et l’Esprit Saint qui se reçoit de lui en vue de sa venue au dernier Jour. Soyons fidèles à notre vocation baptismale à la sainteté : ainsi nous recevrons tant et plus à la gloire de Dieu et pour le service de nos frères.

Que notre vie soit une course joyeuse à la rencontre du cœur sacré de Jésus qui sera notre récompense éternelle.

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