Dimanche 11 décembre 2005 - 3ème dimanche de l’Avent

Vous vouliez bien un enfant ? Quelle angoisse !

Isaïe 61,1-11 - Cantique Luc 1,46-54 - 1 Thessaloniciens 5,16-27 - Jean 1,6-28
dimanche 11 décembre 2005.
 

Vous vouliez bien un enfant ? Quelle angoisse !

Quelle angoisse, cette question, si l’on voulait un enfant pour soi. On se demande : va-t-il satisfaire toutes mes attentes ?

Il y a des choses qu’on veut pour soi, et c’est normal. Mais un enfant ?

Déjà, un cadeau, il faut le “vouloir bien”, c’est-à-dire l’accepter autant pour l’autre qui le donne que pour soi qui le reçoit. Et il faut assumer aussi ce qu’un cadeau signifie d’alliance : l’accepter, cela vous engage.

Un enfant, combien plus. Retenue devant son mystère et courage d’en prendre la responsabilité, tel est le programme magnifique et terrible pour les parents.

Il faut “vouloir bien” un enfant, c’est-à-dire l’accepter de grand cœur tel qu’il est. Ainsi, quel qu’il soit, il connaîtra la joie de vivre et fera la joie de ses parents. Malheur, au contraire, à qui veut un enfant comme une proie.

Et que voulait Jean-Baptiste ? Inquiètes de son grand succès auprès des foules, les autorités de Jérusalem voulaient en avoir le cœur net. Mais, soumis à un interrogatoire serré, Jean semble ne savoir qu’une chose, c’est qu’il n’est pas celui qui doit venir. Il se contente de l’annoncer.

Jean est ouvert à l’inattendu, au contraire de celui qui ne sort pas de ses attentes toutes faites. Ainsi, vouloir un enfant pour soi, c’est seulement vouloir se prolonger soi-même. On enferme l’enfant d’avance dans l’idée qu’on se fait de ce qu’il doit être, on l’empêche de devenir lui-même. On veut être l’enfant à sa place, on lui dérobe sa vie. De même, Jean pourrait vouloir être le Messie à la place du Messie, du moins lui en suggère-t-on l’idée.

Or, non seulement Jean se garde bien de se prendre lui-même pour l’une ou l’autre des grandes figures de l’attente d’Israël : le Messie, Élie ou le grand prophète, mais il évite aussi d’y enfermer l’inconnu dont il témoigne pourtant qu’il se tient là, au milieu de ceux qui s’interrogent à son sujet.

Le choix est encore pour nous aujourd’hui : resterons-nous ouverts à l’inattendu de Dieu, ou allons-nous l’enfermer dans nos vieilles idées ?

On m’a rapporté le mot d’un enfant : « Ah oui, Jésus : tous les ans il meurt à Pâques, et puis il renaît à Noël. » On avait sûrement mal parlé de Jésus à cet enfant. Mais l’idée absurde de cette triste routine n’est-elle pas la tentation de beaucoup qui ignorent le mystère joyeux dont témoigne la liturgie ?

L’inattendu de Dieu, ce n’est qu’une expression vide pour qui n’en a pas fait l’expérience lui-même. Or, si nous ne sommes pas ouverts à cet inattendu, nous n’en ferons jamais l’expérience : nous empêchons l’Esprit.

Le temps de l’Avent nous est offert pour “préparer les chemins du Seigneur”, c’est-à-dire, en fait, pour nous laisser préparer par lui à sa venue inattendue en renonçant à ce que nous mettons dans notre vie à sa place.

Attendons ce Dieu qui vient comme l’inconnu qui nous est confié, comme un enfant qui nous est donné, avec retenue devant son mystère et disposition à en accepter la responsabilité.

Déjà, chacun de nous est un inconnu pour lui-même, et nous n’avons jamais fini de découvrir tout autre. Ce que nous sommes ne sera dévoilé que dans la venue ultime du Christ en gloire, quand nous serons rendus semblables à lui car nous le verrons tel qu’il est.

Telle est la promesse de notre baptême, celle que Dieu nous fait quand nous sommes plongés dans la mort du Seigneur pour hériter de sa vie.

Vous voulez bien le baptême d’Emilia ? Quelle joie !

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