Dimanche 18 décembre 2005 - 4ème dimanche de l’Avent

Alors, d’accord ?

2 Samuel 7,1-16 - Psaume 88 - Romains 16,25-27 - Luc 1,26-38
dimanche 18 décembre 2005.
 

Alors, d’accord ?

C’est un des jolis mots de la langue française, “d’accord”, avec sa double étymologie de cœur qui va vers, et de corde d’un instrument de musique qui s’ajuste aux autres. C’est pourquoi on l’emploie pour accepter une proposition, mais aussi pour signifier qu’on a bien compris un énoncé.

Si Marie répond en quelque sorte “d’accord” à l’ange Gabriel, c’est dans le deuxième sens.

Remarquez d’abord que l’ange ne propose rien ni ne demande aucune acceptation, il ne met pas Marie devant un choix quelconque, il annonce purement et simplement ce qui va se passer de par la volonté de Dieu.

Quant à Marie, elle a très bien compris ce qu’impliquait la salutation de l’ange : chaque fois que le Puissant posa sa main sur un fils ou une fille d’Israël, ce fut pour l’arracher à son sort ordinaire et lui confier une mission exceptionnelle de salut pour son peuple. Ainsi, au commencement d’Israël, le Seigneur dit à Abraham : « Quitte ton pays et la maison de ton père, pars vers un pays que je te ferai voir. »

Marie est donc bouleversée, ne sachant pas de quelle manière se précisera sa vocation soudaine, ni par quel chemin elle devra passer, mais comprenant d’emblée que ce ne sera pas pour elle sans sacrifices ni épreuves.

Aussi, lorsque l’Ange lui précise qu’il s’agit de concevoir et d’enfanter un fils, elle a le sentiment d’une contradiction. L’instant d’avant, il était évident qu’elle devrait concevoir et enfanter des enfants de son mari Joseph. Mais, maintenant qu’il lui fallait renoncer au programme précédent, comment pourrait-elle concevoir et enfanter ?

La question de Marie n’est absolument pas une hésitation. C’est l’interrogation de celle qui se demande ce qu’elle devra faire et ce qu’elle ne devra pas faire. Comment, sinon, accomplir sa mission ?

Le Seigneur Jésus lui-même, la veille de sa passion, s’est demandé ce qu’il devait faire. Pas un instant il n’a hésité entre accomplir la volonté de son Père ou la refuser, car il est le Saint de Dieu. De même Marie, qui fut conçue sans péché, n’a jamais voulu qu’accomplir les œuvres du Père.

Nous autres, qui ne sommes pas sans péché, nous comprenons les choses à notre manière. Nous imaginons une Marie qui voudrait d’abord s’assurer que la proposition lui plaît avant de l’accepter. Mais la sainte Vierge, elle, se souvient des œuvres du Seigneur.

Quand Dieu a libéré son peuple de l’esclavage d’Égypte, il n’a pas demandé : « Est-ce que par hasard tu voudrais bien être sauvé ? » Il a agi à main forte et à bras étendu. De même il ne demande pas à Marie si elle veut bien porter son Fils, il annonce la réalisation du salut.

Quand le peuple, ayant fui au désert, voit l’Égypte lancée à sa poursuite, il crie vers Moïse : tu nous a fait sortir pour que nous mourrions au désert ? N’y avait-il pas assez de tombeaux en Égypte ? Ne t’avions-nous pas dit que nous préférions rester esclaves des Égyptiens plutôt que d’aller mourir au désert ?

Alors, à Moïse qui transmet les cris du peuple vers le ciel, le Seigneur répond : « Ayez confiance, vous n’aurez rien à faire, c’est moi qui agirai pour vous, votre courage sera dans votre tranquillité. » La réponse de l’Ange à Marie est semblable : Dieu mettra en œuvre sa puissance, tu n’auras rien d’autre à accomplir que ce que tu es disposée à faire depuis ta conception, consentir à l’œuvre du Très-Haut.

Alors Marie comprend, et son « Qu’il m’arrive selon ta parole » est un accord de l’intelligence qui donne cours au don du coeur toujours offert au Seigneur en elle.

Et pour nous, qu’allons-nous en tirer ? Nous pouvons certes contempler, émerveillés, la servante du Seigneur toute pure et comblée de grâces. Mais encore ?

Je pense à tous ceux, des jeunes en particulier, qui se plaignent de ne pas savoir ce que Dieu attend d’eux : ils trouvent que ce n’est pas clair, et ils voudraient en savoir plus pour pouvoir choisir. Mais l’obscurité ne persiste-t-elle pas à cause de notre péché qui se refuse aux projets du Seigneur ?

Alors, il faut nous mettre humblement en présence du Puissant et lui demander d’être purifié par ce même Esprit Saint dont Jésus fut conçu en la Vierge Marie, de sorte que nous puissions dire en vérité : « D’avance, Seigneur, j’accepte tout ce que tu me demanderas. »

Ne croyez-vous pas qu’il entendra une telle prière ? Ne fera-il pas connaître clairement sa volonté à qui le lui demande ? Ne donnera-il pas une vocation magnifique à qui s’y dispose, et une fécondité spirituelle semblable à celle de Marie qui mit au monde son Fils ?

Sûrement il le fera si nous le lui demandons, car rien n’est impossible à Dieu.

Alors, d’accord ?

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