31 mars 1996 - Dimanche des Rameaux et de la Passion

Une "manipulation"

Isaïe 50,4-7 ; Philippiens 2,6-11 ; Matthieu 26,14 à 27,66
dimanche 31 mars 1996.
 

Une "manipulation", c’est un acte de tromperie qui consiste à créer les apparences d’une réalité qui n’existe pas. On a beaucoup parlé de manipulation, la semaine passée.

La Passion du Seigneur a pour cause immédiate une manipulation, ourdie par les chefs des prêtres, les scribes et les anciens, qui veulent faire croire au peuple ce qui n’est pas le cas au sujet de Jésus.

Le châtiment suprême a deux objets. Il s’agit d’abord de donner à voir que quelqu’un est coupable : puisqu’il est puni, c’est qu’il est coupable - c’est ainsi que nous fonctionnons, nous les hommes, grands et petits, tous tant que nous sommes, au moins inconsciemment. Donc, en faisant punir Jésus, les chefs des prêtres veulent donner à croire que Jésus est coupable. Et ça marche !

Deuxièmement, le châtiment doit montrer l’impuissance de celui qui est châtié. Les détails de la Passion, si atroces en général, et plus encore pénibles pour notre sensibilité de chrétiens, ont une raison d’être comme tous les aspects humiliants et exténuants des châtiments semblables ; ils signifient : "Voyez celui-ci,

comme il est dérisoire et sans pouvoir." Et ça marche ! La manipulation a fonctionné parfaitement : devant le Christ lié et flagellé, le peuple a crié : "Qu’il soit crucifié !"

A l’opposé de la manipulation, il y a le signe, c’est-à-dire ce qui révèle la réalité. L’accueil de Jésus à Jérusalem par le peuple qui l’acclame, c’est un signe : le peuple d’Israël accueille "le Fils de David", c’est le dernier signe messianique. Et ceux qui devaient reconnaître les signes, les chefs du peuple et les scribes, l’ont refusé. De telle manière que, par leur manipulation, ils vont entraîner le peuple dans leur refus. Il y aurait de quoi être désespéré.

Mais non. Car la grâce de Dieu n’a pas été mise en échec : nous en sommes témoins aujourd’hui, en dépit des apparences, non seulement Jésus n’est pas coupable, mais il est le Saint de Dieu, non seulement il n’est pas impuissant, mais par sa Passion, à main forte et à bras étendu, il accomplit notre salut.

En dépit de tout la Passion accomplit ce dont les Rameaux sont le signe : "Hosanna" ("Guéris donc !" en hébreu), celui qui vient au nom du Seigneur nous guérit à jamais.